« Facile de rédiger un édito sur le confort d’été en pleine canicule », allez-vous me dire. Tout le monde le fait !
Eh bien oui tout le monde en parle, c’est vrai mais par contre tout le monde n’agit pas autant qu’on en parle ! Avec les vagues de chaleur qui ont frappé la France juste avant que l’été ne commence vraiment, une fois encore, le logement de millions de Français se transforme en étuve dès que le thermomètre s'emballe. Et, une fois encore, les pouvoirs publics multiplient les recommandations d'urgence, ce qui est bien, mais sans traiter véritablement le problème à sa racine.
Pourtant, il y a un an, l'adoption du nouveau Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC) avait suscité de réels espoirs. Pour la première fois, l'adaptation des bâtiments aux fortes chaleurs semblait enfin reconnue comme une priorité nationale.
Ce PNACC proposait pourtant des pistes pertinentes et attendues : intégration du confort d’été dans le parcours MaPrimeRénov’ par geste, conditionnement des dispositifs de financement de la rénovation énergétique du parc social à la réalisation de travaux d’adaptation, étude obligatoire du confort d’été dans le cadre d’une rénovation performante et réalisation d’une campagne grand public de sensibilisation au confort d’été, etc…
« On trouve normal de chauffer et d’isoler nos logements quand il fait froid et bien, désormais trouvons tout aussi normal de les rafraîchir et de les isoler également quand il fait chaud ! »
Le constat était donc partagé, les solutions identifiées, les acteurs mobilisés. Il ne manquait plus que le passage à l'action. Un an plus tard, force est de constater que le compte n'y est pas.
Où sont les (vraies) mesures permettant d'intégrer les protections solaires extérieures dans les aides à la rénovation ? Où est la prise en compte “systématique”, le mot est important du confort d'été dans les parcours de rénovation performante ? Où est l'indicateur “confort d'été” promis pour faire évoluer le DPE ? Où est la campagne nationale de sensibilisation annoncée ?
Cette inertie est d'autant plus préoccupante que le confort d'été n'est plus un sujet de confort. C'est devenu un enjeu de santé publique. Les personnes âgées, les jeunes enfants, les ménages modestes et les habitants des zones urbaines denses sont les premières victimes d'un parc immobilier largement conçu pour affronter le froid plutôt que les épisodes de chaleur extrême.
Nous avons consacré des années à améliorer la performance énergétique hivernale des bâtiments. C'était nécessaire. Mais comment accepter qu'en 2026, la protection contre la surchauffe demeure encore le parent pauvre des politiques publiques de rénovation ?
« Les solutions existent pourtant », clament les professionnels à l’instar notamment du Groupement Actibaie. Volets, stores extérieurs, protections solaires dynamiques, brasseurs d'air, ventilation adaptée, conception bioclimatique : autant de dispositifs éprouvés, souvent simples à mettre en œuvre, et qui permettent de réduire significativement les températures intérieures sans recourir systématiquement à la climatisation.
Nos industriels sont prêts, nos entreprises sont prêtes, les collectivités sont mobilisées… et les français sont eux aussi… prêts !
Soyons toutefois honnêtes, les parlementaires se sont tout de même emparés du sujet et ce, c’est notable, au-delà des clivages politiques habituels. Mais ce qui manque aujourd'hui n'est ni la technologie, ni l'expertise, ni même la volonté des acteurs de terrain : c'est tout simplement une impulsion politique claire et un vrai calendrier d'actions qui tienne la route ! Et peut-être aussi… du budget ?
L'adaptation au changement climatique ne peut plus être traitée comme un dossier secondaire que l'on ressort à chaque épisode caniculaire. Elle doit devenir une politique publique opérationnelle, dotée d'objectifs mesurables, de financements identifiés et d'indicateurs de suivi transparents.
Car la réalité est simple : les canicules ne sont plus des événements exceptionnels mais constituent désormais notre nouvelle normalité climatique. Une normalité que les acteurs de l’enveloppe du bâtiment ont déjà intégrés à leur stratégie industrielle et commerciale.
La question n'est donc plus de savoir s'il faut adapter nos logements au changement climatique. La question est de savoir combien de canicules supplémentaires nous sommes prêts à subir avant de le faire réellement. En clair, on trouve normal de chauffer et d’isoler nos logements quand il fait froid et bien, désormais trouvons tout aussi normal de les rafraîchir et de les isoler également quand il fait chaud !



