Cette fois, c’est fait. À compter de ce mardi 1er septembre 2026, le remplacement des fenêtres sort du dispositif MaPrimeRénov’ “par geste ”. Avec lui disparaissent également les aides à plusieurs autres travaux d’isolation et équipements.
La décision, annoncée fin juin puis confirmée le 2 juillet lors du Conseil national de l’habitat, est désormais gravée dans le marbre : le décret n° 2026-822 du 25 août 2026 et ses deux arrêtés d’application ont été publiés au Journal officiel le 27 août (lire ici : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054750363 )

Les nouvelles règles s’appliquent à toutes les demandes de prime déposées à compter de ce 1er septembre

Pour les ménages comme pour les professionnels, le calendrier a de quoi laisser perplexe. Six mois seulement après la réouverture du guichet MaPrimeRénov’, le 23 février dernier, les règles changent une nouvelle fois. Le principe est désormais clair : les travaux concernés ne pourront plus bénéficier de MaPrimeRénov’ que lorsqu’ils s’inscriront dans une rénovation globale du logement.

Sont supprimés du parcours “par geste” dès le 1er septembre :
les poêles à bois ou à granulés ;
les pompes à chaleur dédiées uniquement à l’eau chaude sanitaire ;
les systèmes de ventilation ;
l’isolation des murs, des combles, des toitures et des fenêtres ;
les chauffe-eau et chauffages solaires, hors outre-mer.

À l’inverse, certaines opérations restent éligibles :
Les pompes à chaleur destinées au chauffage, seules ou associées à la production d’eau chaude sanitaire, restent ainsi concernées : PAC air/eau, géothermiques et solarothermiques. Les PAC air/air sont exclues.
Autre restriction : les PAC ne peuvent désormais plus intégrer d’appoint fonctionnant aux énergies fossiles. Les PAC hybrides avec appoint gaz ou fioul sortent donc elles aussi du dispositif.

Quelques bouffées d’air
Tout n’est cependant pas supprimé. Pour les logements classés F ou G en métropole, le parcours “par geste” est prolongé jusqu’au 31 décembre 2027, soit un an supplémentaire. L’obligation de fournir un DPE pour bénéficier du parcours « par geste » est, quant à elle, repoussée au 1er janvier 2028.
Les travaux désormais exclus de MaPrimeRénov’ peuvent également toujours être financés par l’éco-prêt à taux zéro.
Mais il faut appeler un chat un chat : l’éco-PTZ n’est pas une subvention. Pour les ménages, le financement d’un “monogeste” par ce biais devient tout simplement : une dette !

L’UFME avait pourtant tiré la sonnette d’alarme

La filière fenêtre n’a pourtant pas attendu le 1er septembre pour réagir. Le 22 juillet dernier, Laurent Demasles, président de l’UFME, avait adressé un courrier à Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, pour demander au gouvernement de maintenir l’aide au remplacement des fenêtres.
Son argument : au-delà de l’impact direct sur les fabricants et installateurs, la suppression de cette aide risque de casser la dynamique de rénovation énergétique engagée depuis plusieurs années et de réduire encore le pouvoir d’achat des ménages.

Les chiffres avancés par l’UFME sont particulièrement parlants
Le remplacement des fenêtres constitue le premier geste de rénovation énergétique réalisé par les ménages. Selon l’UFME, 40 % des propriétaires commencent leur parcours de rénovation par cette opération. Et surtout, 71 % poursuivent ensuite avec d’autres travaux de performance énergétique.
Autrement dit, la fenêtre n’est pas nécessairement le point final d’une rénovation. Elle peut en être le déclencheur.
C’est précisément ce rôle de “porte d’entrée” que la suppression de l’aide risque de remettre en cause.
Accessible, concrète et immédiatement compréhensible pour les particuliers, la rénovation des fenêtres représente souvent la première étape d’un programme plus ambitieux.
Et l’argument économique était loin d’être neutre : pour une aide moyenne comprise entre 50 et 100 euros par fenêtre remplacée, l’État récupèrait 285 € sous forme de cotisations sociales et de prélèvements fiscaux. Autrement dit, la dépense publique générée par le dispositif n'était pas simplement une charge : elle constituait également un investissement qui bénéficiait aux finances publiques. Supprimer l’aide revient également à faire disparaître un levier qui permettait à des millions de ménages de franchir le premier pas vers la rénovation énergétique... suivi d'autres.

30 % de fenêtres simple vitrage : un gisement qui reste considérable
Autre chiffre qui interpelle : près de 30 % des logements français sont encore équipés de fenêtres simple vitrage. Le potentiel de rénovation reste donc considérable. Un enjeu qui dépasse largement la seule question des économies d’énergie. Face à l’augmentation des épisodes de fortes chaleurs, la rénovation des fenêtres contribue également à améliorer le confort d’été et à répondre au problème des “bouilloires thermiques”, tout comme elle participe à la lutte contre les “passoires thermiques”. Un argument qui n'a pas convaincu les initiateurs du décret du 25 août.

Des problématiques qui touchent en premier lieu les ménages les plus vulnérables

La suppression de l’aide pourrait également pénaliser les propriétaires qui ont besoin de rénover progressivement leur logement. Une situation particulièrement sensible en copropriété, où engager immédiatement une rénovation globale peut s’avérer plus long, plus complexe et surtout plus coûteux.
La question ne concerne toutefois pas uniquement les particuliers. Elle touche également une industrie française qui fabrique l’essentiel des fenêtres installées dans l’Hexagone.
90 % des fenêtres installées en France sont fabriquées sur le territoire national. La mesure constitue donc aussi, indirectement, une décision qui concerne des milliers de PME et d’ETI implantées dans les territoires.
Pour l’UFME, cette dimension industrielle est essentielle : fragiliser la demande de remplacement des fenêtres revient mécaniquement à fragiliser l’activité d’une filière française déjà confrontée à un contexte économique difficile.

Et maintenant ?

À compter de ce 1er septembre, comme le remplacement d’une fenêtre ne pourra plus bénéficier de MaPrimeRénov’ « par geste », les ménages devront se tourner vers le Parcours Accompagné de MaPrimeRénov’ pour les rénovations globales, ou vers les autres dispositifs encore disponibles, notamment l’éco-PTZ et la TVA à 5,5 % pour la rénovation énergétique. La liste des gestes éligibles à cette dernière pourrait toutefois être alignée sur celle prévue pour MaPrimeRénov’.
Le problème posé par cette réforme dépasse finalement la seule question du montant d’une prime. Quel message envoie-t-on aux millions de propriétaires qui souhaitent commencer, progressivement, à rénover leur logement ?
Car la réalité du terrain est souvent éloignée du modèle de la rénovation globale : budget limité, copropriété, travaux réalisés par étapes, contraintes techniques ou simplement volonté de commencer par ce qui est le plus visible et le plus immédiatement utile. La fenêtre constituait précisément cette première marche et pour une filière qui rappelle que près d’un logement sur trois dispose encore de simple vitrage, le paradoxe est difficile à ignorer !

Les réactions de la profession

Verre & Protections Mag a intérrogé des acteurs de la profession et voici leurs réactions :

Philippe Seas, président du Groupement Actibaie
« Je suis bien sûr une fois de plus lassé des retournements de décisions qui ne font que tuer les bonnes idées initiales. Ces “stop and go” à répétitions, éloignent les entreprises sérieuses de cette aide et ne font qu’encourager les opportunistes ».

Olivier Vincent, Président du Groupe Lorillard
« A contrecourant de l’avis général très probablement … Je considère que MaPrimeRénov’ n’a un effet que très limité sur la consomation, et pose surtout le problème du détournement de ce type de dispositifs, avec les abus et fraudes que l’on connaît. En clair, l’instabilité règlementaire me pose plus de problème (perte de crédibilité et de confiance) que le coup de rabot lui-même d’un dispositif que je n’apprécie pas vraiment.
La mère des batailles reste pour moi la compétitivité de l’industrie française, et partant, le besoin d’alléger les charges qui pèsent sur le travail. Nous avons besoin de rendre le travail soutenable, pour permettre à l’industrie de continuer à investir en France et de produire en France, et de générer des cotisations en France, pour financer le système français … si nous devons verser des aides, autant que ce soit pour financer la compétitivité du travail ».

Richard Meleuc, directeur général d’Ouvéo
« Comment faire pire que cette annonce !! L'avenir est déjà bien sombre, nous touchons le fond ! Sans travaux de rénovation notre profession est incertaine et contradictoire avec les besoins du marché et appuyer de non-sens avec les fortes canicules ces dernières semaines ».

Leo De Maeyer ; responsable commercial de Mermet
« Les mesures de rabotage peuvent offrir un gain économique à court terme, mais elles risquent d'engendrer des coûts beaucoup plus importants à long terme. Réduire les exigences relatives à la protection contre la surchauffe ou reporter certains investissements dans l'enveloppe du bâtiment expose davantage les occupants aux vagues de chaleur, de plus en plus fréquentes. Dans ce contexte, la protection solaire extérieure ne devrait pas être considérée comme une option de confort, mais comme un élément fondamental de la performance thermique du bâtiment.
Contrairement aux solutions de refroidissement actives, les protections solaires extérieures (stores, screens, brise-soleil orientables, volets) empêchent l'énergie solaire de pénétrer dans le bâtiment avant même qu'elle ne traverse le vitrage. Elles permettent ainsi de limiter fortement les températures intérieures, de réduire la consommation de climatisation et d'améliorer le confort des occupants tout en diminuant les émissions de CO₂.
Toute mesure de rabotage qui affaiblit l'intégration de ces solutions constitue donc un risque pour la résilience climatique des bâtiments. À l'heure où la lutte contre la surchauffe devient aussi importante que la lutte contre les déperditions de chaleur en hiver, la protection solaire extérieure doit être reconnue comme un véritable outil d'isolation contre la chaleur et intégrée systématiquement dans les projets de construction et de rénovation ».

Gregory Mériaux, président de MIndustries
« Ma première réaction est celle d'une grande incompréhension. La filière de la rénovation énergétique a besoin de stabilité et de visibilité. Modifier les règles en cours d'année fragilise la confiance des particuliers, ralentit les prises de décision et pénalise directement les entreprises qui investissent, recrutent et produisent en France.
Au-delà de l'impact économique, cette décision paraît également en contradiction avec les objectifs de transition énergétique que notre pays s'est fixés. Nous espérons que cette mesure sera rapidement réévaluée afin de redonner de la visibilité à l'ensemble de la filière ».