Grégory Meriaux, ancien directeur général de Sipa (groupe SFPI) vient de reprendre l’entreprise nordiste DG menuiserie, implantée à Proville (59), et qui était en liquidation judiciaire depuis décembre dernier.
Cette reprise s’accompagne du changement de nom de l’entreprise qui devient MIndustries.
Nous avons interrogé Grégory Meriaux sur cette reprise et évoqué avec lui la situation actuelle qui, bien entendu, bouleverse le business plan qu’il avait prévu pour relancer l’entreprise.

Avant d’évoquer la création de MIndustries, pourriez-vous nous rappeler votre parcours professionnel ?
«Né à Cambrai, je suis marié et j’ai deux enfants de 16 et 20 ans. Après avoir obtenu un diplôme Bac+5 en Gestion et Management et une brève expérience dans la grande distribution, j’ai démarré dans la menuiserie chez Sipa (groupe SFPI) en mai 1996. Après avoir occupé successivement plusieurs responsabilités techniques puis commerciales, j’ai occupé un poste de direction des opérations pour terminer par la direction générale de l’entreprise durant 14 années ».

D’où est né ce projet de reprise de DG menuiserie et de la création de MIndustries ?
« La création de MIndustries est née d’une réflexion de longue date. Il était, en effet, nécessaire pour moi de murir un projet professionnel qui soit en cohérence avec mon projet de vie : reprise d’une entreprise de fabrication de menuiseries dans un bassin du Cambresis auquel je suis profondément attaché. Il existait localement une “shortlist” de cibles potentielles dont DG Menuiserie faisait partie. Il m’a fallu un certain temps pour cumuler des expériences, expertises, diverses rencontres afin d’être prêt à “rencontrer l’opportunité”. J’ai eu la chance de rencontrer, durant mon parcours professionnel, des “mentors” qui m’ont façonné ».

Qui étaient ces mentors qui vous ont inculqué cet esprit d’entreprenariat ?
« Mon premier actionnaire (1996 à 2012), Jean-Claude Madragore, m’a tout d’abord inculqué la culture du client et du commerce en général. C’est d’ailleurs avec lui que j’ai appris à reprendre des entreprises en difficultés et procéder à leur redressement, dans le cadre du groupe Madinvest. Il y a eu ensuite mon second actionnaire (2012 à ce jour) Jean-Bertrand Prot qui m’a apporté la rigueur de gestion et la culture de la perfection. D’une façon globale, toute l’équipe SFPI m’a énormément apporté durant ces huit dernières années, c’est un groupe fantastique ».

Votre projet MIndustries s’inscrit dans ces valeurs ?
« Je pense que l’entrepreneur doit être celui qui prend des risques pour créer de la richesse en acceptant la responsabilité du résultat. L’entrepreneur “nouvelle génération” veut une activité qui lui permette de rester vrai vis à vis de lui-même, de mettre son excellence au service de ses ambitions personnelles et de se sentir plus vivant et plus inspiré. Le projet MIndustries repose donc sur des valeurs partagées telles que les valeurs sociétales qui marquent l’attachement de l’entreprise à maintenir un lien social fort en interne avec les équipes comme en externe avec les partenaires, de valoriser les compétences métier (mais pas que) et développer les valeurs de conquêtes ».

Comment allez-vous, justement, manager votre nouvelle entreprise ?
« MIndustries a beau être un “nouveau-né” sur le plan administratif, elle cumule 110 ans d’expérience professionnelle dans son comité de direction et plus de 450 années d’expérience professionnelle au total ! Lors de la reprise des actifs de la précédente société, nous avons eu le plaisir d’intégrer des équipes de production, de bureau d’études et administratives très impliquées et très compétentes. Dès la reprise, les salariés ont immédiatement témoigné leur engagement massif dans le nouveau projet. Ma garde rapprochée pour piloter cette reprise est composée d’Éric Faure qui est un spécialiste du pilotage du changement avec qui je travaille depuis très longtemps et de Badredine Rafaï qui s’occupe de la partie commerciale et qui se définit lui-même comme “un générateur de croissance”. À trois, nous formons un trio très expérimenté dans nos domaines d’expertise respectifs ».

Et sur le plan industriel ?
‘MIndustries est implantée dans un bâtiment de 6 000m2 construit sur un terrain de près de trois hectares. Nous sommes équipés d’un centre de débit – usinage Shirmer et de soudeuses – ébavureuses Urban pour le PVC et un centre d’usinage Elumatec pour les menuiseries aluminium. Notre clientèle BtoB dite “diffus” est essentiellement composée d’artisans, revendeurs, magasins de ville, constructeurs de maisons individuelles, etc. MIndustries se veut créateur de possibilités, de solutions. C’est pourquoi par exemple nous avons notre propre marque d’automatismes pour volets roulants. Nous allons également apporter des solutions de pilotage global de la maison qui iront au-delà du simple moteur de volet roulant. Notre vision est donc d’être un acteur incontournable dans le secteur diffus des Hauts de France, de proposer des produits uniques ayants un réel intérêt esthétique ou technique, d’être “un phare dans la brume” administrative, technique et normative et, enfin, d’accompagner nos clients jusque sur leurs chantiers en leur proposant un service terrain total (du conseil de pose jusqu’à la réception définitive) ».

« Une stratégie qui doit malheureusement désormais composer avec la crise sanitaire. Quelles mesures avez-vous prises ?
« Malheureusement, cet élan nouveau a effectivement marqué le pas dans ce contexte inédit de pandémie. Comme toutes les entreprises du secteur, nous avons immédiatement cessé le travail afin de protéger la santé de nos équipes, de nos clients et plus globalement de tous nos partenaires. Seul le service client a maintenu une activité partielle en télétravail. A partir du 6 avril, nous avons eu la chance d’avoir des équipements de protection individuels (masques, gants, lunettes, etc.) nous permettant de mettre en place la reprise du travail avec de nombreux aménagements : mise en place des gestes barrière, aménagement des horaires pour limiter l’accès au réfectoire, prise de température de l’ensemble des personnels au démarrage de la journée, espacement des postes de travail, interdiction d’accès à l’entreprise pars des personnes externes, etc. Ces mesures nous ont permis de maintenir une activité partielle à 30% et donc de ne pas couper le cordon avec les clients qui sont restés ouverts.
Cette période a tout de même eu du positif et nous a permis de boucler des dossiers lourds qui auraient pris du temps en activité normale comme le paramétrage de nouveaux logiciels (passage sur Ramasoft.net) et la mise à jour de nos systèmes Prodevis. Et enfin, la conception de nouvelles solutions innovantes qui devraient sortir dans les semaines qui viennent ».

Compte-tenue de la situation quels sont donc vos nouveaux objectifs ?
« En matière de chiffre, l’objectif de ce démarrage est d’atteindre dès que possible la barre des 20 000 unités annuelles. Grace à nos équipes, nos partenaires et nos clients, nous devrions atteindre cet objectif en trois ans. J’en profite d’ailleurs pour remercier l’ensemble des fournisseurs qui nous ont fait confiance dès le départ et qui se sont mobilisé pour que cette reprise se déroule dans les meilleures conditions ».

Propos recueillis par Frédéric Taddeï