Le secteur du bâtiment est l’un des premiers consommateurs de matériaux en France et génère près de 22 millions de tonnes de déchets par an1. Dans un contexte d’épuisement des ressources et de réduction des impacts environnementaux, l’économie circulaire s’impose désormais comme un levier incontournable pour les industriels du secteur. Intégrer des matières premières secondaires dans les produits limite en effet l’extraction de matières premières vierges et contribue à une gestion plus efficiente des ressources.
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Par Sylvain Laurenceau, directeur opérationnel, et Leo Ben Amor, chef de projet métier, direction économie et ressources du CSTB
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Depuis 2023, dans le cadre de la loi AGEC (anti-gaspillage pour une économie circulaire), la Responsabilité élargie du producteur (REP) s’applique aux produits et matériaux du secteur du bâtiment. Elle impose aux metteurs sur le marché de financer et d’organiser la fin de vie de leurs produits. Cela s’est traduit par la mise en place d’éco-organismes en charge de la collecte et du traitement des déchets du bâtiment. Ces éco-organismes sont financés par les industriels via une éco-participation à l’instar des produits électriques et électroniques.
La REP a des objectifs de taux de valorisation des déchets de déconstruction ambitieux qui varient selon les matériaux, et les menuiseries sont particulièrement concernées :
Valorisation des déchets issus de la déconstruction : quelle pratique pour quel usage ?
La mise en place de la filière REP correspond à un enjeu fondamental de meilleure gestion des ressources dans le secteur du bâtiment. Ceci passe à la fois par le développement des pratiques de recyclage, de réemploi et d’écoconception.
Pour le recyclage, la reprise des chutes de production est une pratique déjà bien en place au sein des industriels. L’enjeu principal est aujourd’hui la collecte et la valorisation des éléments déposés en rénovation ou en déconstruction (flux “post-consommateur”). L’intégration de matière recyclée dans les menuiseries constitue un levier majeur pour réduire l’impact environnemental du secteur du bâtiment et répondre aux exigences croissantes de l’économie circulaire.
Pour le réemploi, c’est-à-dire le fait de remettre en œuvre directement un composant d’ouvrage, l’enjeu est de structurer des filières de reconditionnement en vue de massifier les flux et faciliter l'équilibre des modèles économiques.
Pour l’écoconception, les enjeux sont multiples, mais on peut en identifier quatre principaux :
- la limitation de la consommation de ressources vierges (via, par exemple, l’utilisation de matières biosourcées ou recyclées) ;
- la démontabilité ;
- la durabilité et le potentiel de réemploi ultérieur ;
- le potentiel de recyclage.
La plupart des impacts associés à la durabilité ou à la valorisation en fin de vie étant définis au stade de la conception, il est fondamental que les pratiques d’écoconception se massifient pour améliorer la valorisation de demain.
Le secteur des menuiseries est particulièrement concerné par les enjeux de la filière REP. En effet, les menuiseries en fin de vie ont, aujourd’hui, un potentiel de valorisation important, puisqu’un nombre significatif des 8,4 millions de menuiseries déposées chaque année est encore enfoui, et peu sont entièrement recyclées ou réemployées.
Un signe de qualité dédié aux fenêtres
S’il est une nécessité, le développement des pratiques de recyclage, d’écoconception ou de réemploi sera facilité par un cadre d’analyse clair, commun à tous, solide et reconnu. Fort de son positionnement croisant expertise technique, indépendance et expertise sur la circularité, le CSTB a initié une démarche partenariale visant à mettre en place ce cadre commun au travers du développement d’Ecoscale.
Après un travail collaboratif avec les principaux syndicats du secteur, l’UFME et le SNFA, le CSTB lancera prochainement un signe de qualité dédié à la caractérisation de l’intégration de matière recyclée dans les fenêtres. L’objectif est que les industriels puissent disposer d’une analyse tierce partie sur le contenu en matière recyclée, qu’il soit pré ou post-consommateur. Ceci leur permettra d’apporter des justificatifs solides aux clients engagés pour répondre aux obligations associées à la traçabilité de la matière recyclée.
La robustesse de ce signe de qualité doit être consolidée par des audits en usine, réalisés afin de garantir la conformité continue aux exigences. Pour les industriels bénéficiant déjà de certification tierce partie, ces audits pourront être intégrés aux audits des certifications existantes, permettant ainsi une approche efficace et sans redondance.
Les objectifs sont triples :
- garantir la traçabilité des flux de matières recyclées, qu’ils soient pré-consommateur ou post-consommateur ;
- attester du pourcentage de matière recyclée réellement intégré dans les profilés ou composants et répondre ainsi aux différentes exigences ;
- fournir aux industriels un cadre reconnu pour valoriser leurs engagements auprès des maîtres d’ouvrage, des architectes et des collectivités.
La démarche s’inscrit dans la continuité des missions du CSTB comme accompagnateur de la filière du bâtiment dans sa transition environnementale et circulaire. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre de l’adaptation de l’évaluation environnementale de la circularité Ecoscale de façon spécifique au secteur de la fenêtre.
Des groupes de travail sont en cours sur la qualification de la réparabilité et de la recyclabilité des fenêtres. À terme, l’objectif est d’intégrer ces indicateurs dans les caractéristiques analysées afin de disposer d’un cadre commun robuste et complet sur l’analyse de la circularité. Celui-ci devra être adapté à l’évolution des dispositifs normatifs ou règlementaires pour maximiser la valeur ajoutée et apporter des clés de lecture propices à la mise en place d’une logique d’amélioration continue pour accompagner le développement de toute la filière.





