Suite à la publication sur notre site et dans les colonnes de notre prochain numéro 157 de l’article : « Le gouvernement veut produire deux millions de logements d’ici 2030 », nous avons sollicité la réaction de personnalités représentatives de nos professions à cette annonce ainsi qu’aux différentes mesures annoncées par le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Trois questions pour analyser les points de vue des dirigeant(e)s. Merci pour leur réactivité et la qualité de leurs témoignages ! (Propos recueillis par Frédéric Taddeï)

Quelle est votre réaction à cette annonce d’un objectif de produire deux millions de logements d’ici 2030 ?

Pascal Portelli, président de Delta Dore et président d'IGNES
« C’est une bonne nouvelle. Ce plan était attendu depuis un moment par les acteurs du bâtiment avec des mesures, notamment le statut du bailleur privé, qui concernent également le neuf, parent pauvre de notre politique du logement depuis plusieurs années. Redonner des moyens aux bailleurs sociaux était également une nécessité pour la construction de nouveaux logements et les accompagner dans la rénovation thermique et l’adaptation des logements sociaux au changement climatique ».

Pascal Portelli, président de Delta Dore et président d'IGNES

Cédric Juliard, PDG d'Euradif
« Le diagnostic posé par le gouvernement est juste : la crise du logement est profonde et structurelle. L’objectif est très ambitieux au regard de l’état actuel du secteur, qui sort de plusieurs années de recul. L’annonce est positive pour la confiance, mais elle devra rapidement se traduire par des décisions concrètes et stables ».

Damien Reveau, directeur général délégué du groupe Ridoret
« Surprise et perplexité. C’est une bonne nouvelle pour notre activité, nos emplois et nos entreprises. C’est une bonne nouvelle pour la consommation carbone du pays pour le logement. Mais quel gaspillage de temps que ce dialogue de sourd que nous avons vécu depuis trois ans depuis la fin du Pinel. Comme une voiture, une entreprise ne vit pas très bien les phases de freinage et d’accélération, on vit en pleine face ces perturbations (incertitude stratégique, questionnement pour les investissements ou les embauches, perte de savoir-faire, démotivation des équipes). Passer de 270 000 logements mis en chantier par an à 400 000 ne va pas se faire si facilement que cela, le bon sens manque parfois dans les décisions politiques ».

Emmanuelle Cadiou, présidente de Maison Cadiou
« À chaud, je dirais que l’objectif est ambitieux sur le papier, mais qu’il manque encore de leviers réellement incitatifs pour devenir crédible. Aujourd’hui, pour relancer la production de logements, il faut donner envie aux ménages les plus aisés d’investir leur épargne dans le logement, et cela passe clairement par des mesures fiscales fortes, simples et lisibles.
Il existe aussi un frein majeur : la peur du risque locatif. Entre les difficultés de recouvrement des loyers et le risque de dégradation des logements, beaucoup d’épargnants considèrent désormais l’immobilier comme plus risqué qu’un placement financier classique. Tant que ces inquiétudes ne seront pas traitées de manière concrète, l’objectif restera difficile à atteindre ».

Emmanuelle Cadiou, présidente de Maison Cadiou

Pierre Bordier, directeur général du groupe Janneau Industries
« M. Janneau et moi-même accueillons cette annonce avec un optimisme prudent. Après des années de crise profonde du logement – la construction neuve a chuté de 25% depuis 2022 – il était urgent que le gouvernement affiche une ambition forte. L'objectif de deux millions de logements répond à une réalité que les industriels de la menuiserie vivent au quotidien : les carnets de commandes ont souffert du ralentissement du marché. Pour les industriels de la menuiserie, qui équipent aussi bien le neuf que la rénovation, ce signal est encourageant. Mais nous jugerons sur les actes : l'enjeu est maintenant la mise en œuvre rapide et effective de ces mesures ».

Franck Serrure, président de Volma
« Globalement, c’est une très bonne nouvelle pour l’ensemble du secteur. Notamment pour les acteurs du neuf, et cela permettra de renforcer et de pérenniser les fabricants industriels impactés par la morosité de ce segment de marché.
Mais il faudra également que les banques jouent le jeu pour accompagner les projets, car l’un ne va pas sans l’autre et c’est sûrement actuellement l’un des freins majeurs ».

François Guerin, président directeur général de CETIH
« Certes les mesures vont dans le bon sens, mais prudence pour deux raisons. Chaque annonce faite par un gouvernement sur les objectifs de construction de logements n’a jamais été suivi par une réalisation conforme aux objectifs.
D’autre part, ce gouvernement n’est là que pour gérer la transition jusqu’en 2027, date à laquelle beaucoup de choses peuvent se passer, comme un changement de majorité et donc un changement de cap ».

François Guerin, PDG de CETIH

Bruno Capdordy, directeur de Somfy France
« C’est une annonce capitale qui à la fois soulage et donne de la visibilité à toute une filière. L’objectif de deux millions de logements d’ici 2030 répond aux attentes des Françaises et des Français et permet aux industriels, aux installateurs et à la filière de se projeter, d’innover et de former. L’adaptation au changement climatique des logements existants et la construction de logements neufs qui accueillent dès le début de leur cycle de vie des solutions, est un atout stratégique.
Le logement est un droit, un patrimoine, un refuge… Il revêt de multiples facettes et nous ne pouvons que nous réjouir de ce plan ambitieux ».

Didier Simon, PDG de StellaGroup
« Bonne initiative, qui était attendue, car elle donne de la visibilité sur neuf ans à la rentabilité d’un investissement locatif. La rentabilité actuelle était proche de 2%, donc insuffisant pour être attractif. D'autres placements étaient privilégiés. En combinant une rentabilité annuelle plus sûre et un espoir de revente à prix plus élevés dans le futur (car actuellement les prix sont au point bas), cela va forcément être attractif. L’impact devrait être progressif mais devrait se combiner au redémarrage du bâtiment qui est amorcé depuis juin 2025 (fond de la piscine touché alors) ».

Didier Simon, PDG de StellaGroup

Grégory Mériaux, président de MIndustries
« En tant qu’industriel, ma première réaction est plutôt partagée. L’objectif est évidemment louable et même indispensable au regard de la tension actuelle sur le logement, mais il me semble aujourd’hui très largement déconnecté de la réalité opérationnelle du terrain. Produire deux millions de logements ne dépend pas de la capacité des industriels à fabriquer, car cette capacité existe déjà. Ce qui bloque, ce sont les conditions dans lesquelles on autorise, finance et sécurise les projets. Tant que ces paramètres ne changent pas en profondeur, les objectifs chiffrés restent, à mon sens, davantage des intentions politiques que des perspectives réellement atteignables ».

Dominique Thomasson, président du SNFA
« Le SNFA accueille favorablement les annonces du gouvernement. Le secteur du bâtiment est, depuis plusieurs années, fortement impacté par les facteurs conjoncturels : prix des matériaux, conflits, inflation, absence de budget, baisse des commandes publiques, instabilité des aides à la rénovation énergétique. Le SNFA est aux côtés du gouvernement pour répondre à ces défis et proposer des solutions performantes et bas carbone sur le long terme. Les menuiseries et les solutions en aluminium apportent dans le neuf comme en rénovation des solutions concrètes sur les problématiques de performance thermique ainsi que sur les enjeux environnementaux ».

Dominique Lamballe, président de FenêtréA
« La bonne nouvelle, c’est que l’on envoie enfin un message positif ! À la fois pour redresser la production de logements neuf en France sachant que les besoins restent toujours importants pour loger les Français, et de poursuivre la rénovation du parc de logement existant notamment les passoires thermiques. Maintenant, souhaitons que ces messages soient pérennes dans le temps et que nous ne revivions pas les “stops and go” de nos gouvernants successifs.
Néanmoins, le statut de “propriétaire bailleur”, issu du rapport Daubresse-Cosson, était très attendu et a le mérite de reconnaître enfin l’investisseur privé comme un acteur économique et social, pas un profiteur… Le dispositif Pinel, malgré ses défauts, a permis de produire du logement et les investissements locatifs car ces investissements restent très liés à une “carotte fiscale”, donc il lui fallait un relais. Sans soutien à l’investissement locatif, le logement neuf reste en difficulté. Ce statut peut devenir un levier efficace, à condition de ne pas être noyé sous la complexité réglementaire ou fiscale et doit rester stable dans le temps ».

Dominique Lamballe, président de FenêtréA

Christine Riou-Feron, présidente de Riou Glass
« L’objectif est nécessaire et à la hauteur de la crise du logement. Mais il ne pourra produire des effets réels que s’il s’accompagne d’une ambition qualitative aussi forte que l’ambition quantitative. Construire plus est indispensable. Construire mieux est essentiel. Dans notre secteur, cela signifie une chose très simple : mettre le bon verre au bon endroit. Des vitrages à haute performance thermique là où les déperditions sont fortes, des solutions de contrôle solaire adaptées à l’exposition, des vitrages spécifiques pour la rénovation énergétique. Sans cette exigence de performance et d’usage, l’objectif des deux millions de logements restera un affichage politique plutôt qu’une réalité industrielle. Cette exigence passe aussi par la capacité à s’appuyer sur une transformation du verre réalisée en France, au plus près des besoins des territoires ».

Xavier Lecompte, président d'Atulam
« C’est évidemment une bonne nouvelle. Le marché du neuf souffre terriblement et depuis maintenant plusieurs années, il était temps de faire quelque chose. Cela étant, les marchés pilotés par les décisions gouvernementales sont des marchés très exposés et peu rassurants à mon sens. Ces marchés font le yoyo au gré des coups de barre souvent excessifs de nos élus dans un sens comme dans l’autre. Un peu de continuité et de modération dans les décisions rassurerait beaucoup plus les entrepreneurs et les bailleurs. Au delà de l’effet d’annonce qui a son intérêt, je ne suis pas sûr que l’on soit capables de produire deux millions de logements d’ici 2030 ».

Xavier Lecompte, président d'Atulam

Laurent Demasles, président de l'UFME
« Bien évidemment au regard de la crise économique affrontée par les acteurs de la construction, qui se traduit par des conséquences sociales directes dramatiques, la profession ne peut que se féliciter de la prise de conscience du gouvernement et de nos élus sur cet enjeu devenu l'une des premières préoccupations des Français.
Lors de cette crise, notre profession a connu un recul sans précédent de son marché : moins 2 à 3 millions de fenêtres posées par an sur les trois dernières années sur un marché d’environ 10 à 11 millions de fenêtres installées chaque année, ce qui représente donc une baisse d’environ 25%. Ce recul du marché, c’est un recul de l’économie française puisque, il faut le rappeler, plus de 80 % des fenêtres installées en France ont été produites en France. Cette crise est donc aussi une crise de l’industrie française, une crise de l’économie française et une crise des emplois français. Cette crise touche la France dans ses territoires puisque les entreprises de notre filière sont très implantées dans les territoires. Nous sommes d’ailleurs la filière qui compte le plus d’implantations dans les communes de plus de 500 habitants. Pour rappel la filière Portes & Fenêtres compte plus de 50 000 entreprises de toute taille installées dans toutes les régions françaises et emploie plus de 180 000 collaborateurs dédiés à la fabrication et/ou pose de fenêtres ».

En dehors de l’objectif des deux millions de logements, quelles dispositions de ce plan pourraient avoir, selon vous, un réel impact concret et rapide sur votre activité, et lesquelles vous semblent au contraire insuffisantes ou trop théoriques ?

Pascal Portelli, président de Delta Dore et président d'IGNES
« Les incitations financières adoptées dans le cadre du dernier budget devraient, nous pouvons l’espérer, envoyer un signal très positif aux acteurs et consolider la timide relance observée ces derniers mois. Ensuite, le gouvernement a présenté un certain nombre d’axes importants pour libérer la construction et la rénovation (simplifier, rapprocher la décision du terrain, orienter les financements, faciliter les travaux de rénovation énergétique…) sans toutefois préciser les mesures derrière. La traduction concrète de ces priorités sera évidemment essentielle pour atteindre les ambitions affichées ».

Cédric Juliard, PDG d'Euradif
« Les annonces sur la simplification des procédures et l’accélération de la rénovation énergétique vont dans le bon sens, car aujourd’hui, les freins ne sont pas uniquement financiers, mais aussi administratifs et réglementaires. Même si le logement social bénéficie d’un effort budgétaire réel, son impact sera progressif car les délais de montage des opérations restent longs. Par ailleurs, le plan ne traite pas suffisamment la question du coût de construction et de la complexité normative, qui pèsent fortement sur la faisabilité économique des projets. Il est à noter que le devenir de ma MaPrimeRénov’ n’est pas clairement évoqué dans le texte ».

Damien Reveau, directeur général délégué du groupe Ridoret
« C’est un point positif de prévoir la défiscalisation sur tout le territoire et sur le neuf ET la rénovation. Ce dernier aspect me semble favorable à une accélération franche. Je m’interroge sur le bon calibrage de la niche (bulle) fiscale qui va se créer à cette occasion. Est-elle bien anticipée et bien calibrée ? Ne risque-t-on pas un arrêt brusque dans 18 mois ? ».

Damien Reveau, directeur général délégué du groupe Ridoret

Emmanuelle Cadiou, présidente de Maison Cadiou
«Si le plan est bien ficelé, cohérent et suffisamment convaincant, il peut avoir un impact réel sur notre activité. Nous avons avant tout besoin de mouvement et d’énergie dans l’immobilier, quelle que soit la typologie : logement neuf, construction de maisons individuelles, petite promotion, rénovation du parc existant. Lorsque les biens circulent, que les maisons changent de mains, cela déclenche mécaniquement des projets de rénovation, d’aménagement et d’amélioration des espaces de vie, notamment extérieurs. À l’inverse, des mesures trop théoriques, trop complexes ou trop longues à mettre en œuvre risquent de rester sans effet réel sur le terrain ».

Pierre Bordier, directeur général du groupe Janneau Industries
« Plusieurs mesures pourraient avoir un effet rapide sur notre activité :
• Le nouveau dispositif fiscal “dézoné”, qui permet l'amortissement des biens neufs et anciens avec travaux, devrait relancer l'investissement locatif et donc la demande de menuiseries, tant en construction qu'en rénovation des passoires thermiques.
• L'extension du PTZ à l'ensemble du territoire soutient la primo-accession et donc la construction neuve.
• L'objectif de rénover 120 000 logements sociaux par an avec priorité aux logements classés E, F et G représente un levier direct pour notre secteur : le remplacement des menuiseries est souvent la première étape d'une rénovation énergétique efficace.
En revanche, certaines mesures restent trop théoriques à ce stade : les "zones à bâtir d'urgence" avec dérogations aux normes sont une bonne idée, mais leur périmètre et leurs modalités restent flous. De même, la simplification annoncée du droit de l'urbanisme est un engagement récurrent qui peine à se concrétiser sur le terrain ».

Pierre Bordier, directeur général du groupe Janneau Industries

Franck Serrure, président de Volma
« Concernant Volma, nous ne sommes pas fortement impactés par le marché du neuf, mais l’accompagnement sur la rénovation aura forcément un effet de relance chez nos partenaires, et donc chez Volma ».

Bruno Capdordy, directeur de Somfy France
« Le statut du bailleur privé, le soutien de la construction de logements sociaux et privés, lorsqu’on sait que la France a un déficit de 3 millions de logements, sont les deux mesures phares. La réouverture et la stabilisation de MaPrimeRénov’ est un accélérateur qui doit aussi être mobilisé en parallèle de ce plan pour que nous puissions amplifier l’effort de rénovation du parc résidentiel ».

Grégory Mériaux, président de MIndustries
« Les seules mesures qui peuvent produire un effet rapide sont celles qui agissent directement sur la mécanique du projet : délais d’instruction, lisibilité réglementaire, capacité à sortir un permis sans recours interminable, et surtout capacité pour les porteurs de projets à se financer. À l’inverse, beaucoup d’annonces restent très théoriques tant qu’elles ne se traduisent pas par des décisions simples, lisibles et applicables immédiatement sur le terrain. Dans notre secteur, on ne manque ni de solutions techniques, ni de volonté d’investir, mais on manque cruellement de visibilité et de stabilité pour engager des projets lourds sur plusieurs années ».

Grégory Mériaux, président de MIndustries

Dominique Thomasson, président du SNFA
« Le gouvernement doit se saisir et s’appuyer sur les travaux menés par les filières ! L’aluminium a investi massivement dans sa décarbonation et son recyclage pour des résultats notables. Il n’est donc aujourd’hui pas entendable de construire avec des matériaux qui ne soient pas recyclables. Si nous décarbonons avec des matériaux qui demain seront des déchets non recyclables, nous ne résoudrons rien et nous continuerons à faire payer la dette aux générations futures. Le logement de demain doit être 100% recyclable en boucle fermé, avoir un impact faible sur la biodiversité et être facilement réparable. C’est un défi majeur mais atteignable ! ».

Dominique Lamballe, président de FenêtréA
« Les trois annonces vont dans le bon sens, mais nous avons toujours un peu de mal à croire qu’elles s’inscrivent dans le temps long. Vouloir aider la construction de logements à la fois en locatif et à la fois en logements sociaux tout en rénovant les “passoires thermiques”, nous ne pourrons qu’être d’accord. À vérifier quand même que l’acte de changement de fenêtre restent bien inscrit dans le volet mono-geste de MaPrimeRénov'. C’est un soutien qui coûte très peu aux finances de l’état, mais permet de maintenir une communication auprès du grand public que changer sa fenêtre est efficace pour améliorer l’efficacité énergétique de son logement, ce qui est vrai. De plus simplifier les démarches et les procédures tout en étant plus proche du terrain : souhaitons que cette profession de foi aille jusqu’au bout ! ».

Christine Riou-Feron, présidente de Riou Glass
« Certaines mesures peuvent réellement accélérer la dynamique, à condition d’être mises en œuvre immédiatement et de manière stable. La simplification des procédures, la réduction des délais d’instruction et la sécurisation juridique des projets sont des leviers puissants : chaque mois gagné dans l’administratif se traduit directement par des chantiers qui démarrent plus vite et des commandes qui s’enclenchent dans toute la filière. La visibilité économique est tout aussi déterminante. Les dispositifs fiscaux, les aides, les mécanismes de financement doivent être lisibles et durables pour permettre aux industriels d’investir et de planifier. C’est d’autant plus vrai pour les acteurs qui, comme nous, ont fait le choix d’une production et d’une transformation ancrées en France. À l’inverse, certaines annonces restent trop théoriques : intentions sur le foncier, objectifs chiffrés, appels à la mobilisation… Sans décisions concrètes sur les coûts de production, la soutenabilité économique des projets ou la capacité réelle des entreprises à produire, ces annonces ne changent rien sur le terrain. Il manque encore une prise en compte directe des contraintes industrielles : disponibilité de la main-d’œuvre, tension sur certains matériaux, coûts de l’énergie, capacité des outils industriels ».

Christine Riou-Feron, présidente de Riou Glass

Xavier Lecompte, président d'Atulam
« Si nous voulons diminuer le nombre de passoires thermiques, il faut donner les moyens aux bailleurs de faire les travaux en conservant un intérêt économique pour eux à louer leurs biens, les loyers étant par ailleurs trop fortement fiscalisés. Pour ce qui nous concerne, nous travaillons exclusivement sur le marché de la rénovation haut de gamme sur lequel nous souffrons d’une demande en baisse et d’une concurrence accrue liée à une demande en forte baisse notamment sur le neuf mais aussi sur le marché de la rénovation. La perspective d’un marché relancé doit permettre à chacun de retrouver du volume et donc de l’oxygène financier pour assumer sa survie et son développement, à condition que cela se fasse rapidement et sans contraintes normatives trop fortes et qui demandent trop d’énergie et de temps ».

Laurent Demasles, président de l'UFME
« Le double objectif de quantité et de délai de réalisation annoncé par le gouvernement pose néanmoins plusieurs questions :
• Ces objectifs apparaissent très optimistes. En effet, les délais entre l’annonce d'une telle mesure et la construction effective des logements sur le territoire, avec les difficultés posées par l’obtention de l’ensemble des autorisations urbanistiques, sont de plusieurs années. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous savons d'ores et déjà que la crise pour notre profession n'a pas encore son point bas. Malgré ces annonces, des entreprises, des emplois et des compétences vont encore continuer à disparaitre ce qui va d'autant plus réduire notre capacité structurelle de construction pour le futur. Cela est préoccupant puisqu’avant la crise qui a frappé notre secteur nous n’étions déjà pas en capacité d’atteindre l'objectif déclaré de 2 millions de logements d'ici 2030.
• Le passé a montré que les incitations fiscales finissent surtout par être captées par le marché du foncier. Par conséquence, cela fait augmenter structurellement le prix de l'accès au logement en général. Néanmoins le statut de bailleur privé ouvre un nouveau champ à explorer qu'il faudra être capable d'analyser et de faire évoluer pour éviter cet écueil. Ce nouveau statut est notamment intéressant par l'incitation qu'elle permet sur le marché ancien avec des rénovations lourdes, bien que les curseurs actuels nous semblent à adapter au réel ».

 

Quelles mesures complémentaires ou quels ajustements le gouvernement devrait-il, selon vous, mettre en place pour lever réellement les freins à la construction et à la rénovation des logements et bénéficier in fine à votre secteur d’activités ?

Pascal Portelli, président de Delta Dore et président d'IGNES
« Il y a urgence à remettre rapidement sur le marché des logements considérés comme des passoires énergétiques. Cette priorité du gouvernement pourrait être atteinte en renforçant la palette des travaux d’efficacité énergétique pris en compte dans le DPE. Ainsi, du pilotage de l’énergie, simple et peu onéreux à mettre en œuvre, permet d’atteindre jusqu’à 30% d’économies d’énergie en particulier dans les logements mal isolés.
En matière d’adaptation des logements, il y a urgence à généraliser l’installation des stores et volets, les “premiers gestes” de l’adaptation. Toutefois, ces travaux sont freinés et parfois impossible du fait des règles de protection du patrimoine, variables selon les Architectes des bâtiments de France. Le plan du gouvernement devrait prévoir un avis seulement consultatif de ces derniers, et non plus contraignant, laissant aux maires le pouvoir de décision conformément à la volonté de simplification et de subsidiarité.
Enfin, et c’est un immense angle mort, l’enjeu de souveraineté devrait irriguer le plan de relance annoncé par le gouvernement. Aujourd’hui, très peu de dispositifs intègrent cette dimension pourtant essentielle si on souhaite que ce plan bénéficie aux acteurs franco-européens. A quand des critères de souveraineté dans MaPrimeRénov’ par exemple ?».

Cédric Juliard, PDG d'Euradif
« La priorité est de redonner de la visibilité et de la stabilité à la filière : des règles claires, durables, et lisibles sur plusieurs années. Concernant la rénovation du parc privé, MaPrimeRénov’ doit être simplifiée car sa complexité administrative, son manque de lisibilité et les délais de traitement freinent les ménages, ralentissent les décisions de rénovation et limitent son impact réel sur le terrain ».

Cédric Juliard, PDG d'Euradif

Damien Reveau, directeur général délégué du groupe Ridoret
« Pour atteindre leur cible, ces logements devraient être interdits sur les locations courtes type Airbnb ; au risque sinon que les étudiants n’en voient pas la couleur. Attendons la première quinzaine de février pour avoir le détail des dispositions ».

François Guerin, PDG de CETIH
« La clé est bien sûr de donner un cadre clair, stable et pérenne sur une période longue pour que les filières  puissent s’organiser, mais comment donner une garantie de durée dans cette période d’incertitude politique ? ».

Emmanuelle Cadiou, présidente de Maison Cadiou
« Il faut avant tout des mesures très claires, très incitatives et fiscalement attractives, capables de redonner confiance aux propriétaires et aux épargnants. L’objectif doit être simple : donner envie de confier son épargne au logement, en sécurisant l’investissement, en réduisant le risque perçu et en apportant de la visibilité dans la durée.
Sans cette confiance retrouvée, ni la construction ni la rénovation ne pourront repartir durablement, et c’est toute la chaîne de valeur du logement — artisans, industriels, territoires — qui restera sous tension ».

Franck Serrure, président de Volma
« Toutes les décisions et actions qui permettent d’envisager une embellie sur le marché de la menuiserie portent un message positif ; il faut donc accueillir ce projet avec bienveillance et optimisme pour les années à venir ».

Franck Serrure, président de Volma

Pierre Bordier, directeur général du groupe Janneau Industries
« Pour lever réellement les freins et permettre d’enclencher un processus vertueux pour notre filière, trois pistes nous semblent prioritaires :
• Stabiliser et simplifier le dispositif MaPrimeRénov' : les changements de règles permanents découragent les particuliers et compliquent le travail des artisans partenaires de notre réseau Janneau Menuisier Créateur et nos clients au sens plus large. La lisibilité est essentielle pour déclencher les projets.
• Renforcer l'accompagnement des copropriétés : le plan mentionne la rénovation en copropriété, mais c'est là que se trouvent les plus gros gisements d'économies d'énergie – et les plus gros freins administratifs et financiers.
• Soutenir la filière industrielle française : face à la concurrence des menuiseries importées à bas coût, il serait cohérent que les aides publiques soient conditionnées à des critères de qualité, de performance et d'origine. Produire en France, comme nous le faisons chez Janneau depuis plus de 50 ans, a un coût mais aussi une valeur : emplois locaux, qualité, service de proximité ».

Bruno Capdordy, directeur de Somfy France
« L’intégration des protections solaires automatisées dans tous les dispositifs reste et doit rester une priorité. C’est une solution facile à mettre en œuvre, durable et qui s’appuie sur un savoir-faire et une filière française. Ainsi nous souhaitons, bien entendu, en ajout de ces mesures indispensables et ambitieuses, voir le mouvement d’adaptation des logements à la nouvelle donne climatique s’accélérer. Les nuits supérieures à 26°C vont se généraliser, et les journées à 30°C dans un logement aussi. L’urgence est là et nous avons besoin de mesures fortes pour accélérer l’équipement des logements d’autant que les technologies sont déjà disponibles ».

Bruno Capdordy, directeur de Somfy France

Didier Simon, pdg de StellaGroup
« on peut toujours faire plus, mais les abus constatés sur MaPrimeRenov' ne permettent pas aux politiques de réouvrir cette vanne facilement (niche fiscale). Pour ma part, une aide de type Prime Renov doit être très simple et très encadrée pour retrouver de la clarté ».

Grégory Mériaux, président de MIndustries
« Si je devais résumer les vrais leviers en tant que chef d’entreprise industriel, je dirais qu’il en existe trois :
D’abord, arrêter l’instabilité permanente des règles du jeu. Les entreprises, les promoteurs et les bailleurs ont besoin de savoir dans quel cadre ils investissent, non pas pour 12 mois, mais pour 5 à 10 ans.<
Ensuite, désengorger réellement la machine administrative. Aujourd’hui, on peut avoir un projet techniquement viable, économiquement cohérent, socialement utile, et rester bloqué 18 ou 24 mois pour des raisons procédurales. C’est un non-sens économique.
Enfin, remettre de la solvabilité dans le système. Sans acheteurs, sans investisseurs, sans financement fluide, toute la chaîne se grippe, y compris les industriels en bout de course qui sont pourtant prêts à produire. Pour relancer l’investissement privé, il faudrait rassurer les investisseurs non professionnels sur la perception des loyers et faciliter le changement des locataires défaillants. Aujourd’hui, trop de propriétaires se retrouvent dans des impasses financières…
À mon sens, le problème du logement en France n’est pas un problème industriel. C’est avant tout un problème d’environnement économique, réglementaire et financier ».

Dominique Thomasson, président du SNFA
« Dans un contexte budgétaire restreint, il est important de valoriser ce qui permet de faire des économies. Dans un logement comme dans un bâtiment de grande dimension, il faut valoriser les apports solaires. Une façade ou une baie vitrée bien installées et exposée au bon endroit, c’est de l’énergie gratuite pour le logement. Les vitrages de grandes dimensions couplés avec une bonne protection solaire, c’est tout de suite des gains énergétiques gratuits pour les occupants. Augmenter simplement les pourcentages de surface des parois vitrées, permet mécaniquement des économies et ne coûte rien ».

Dominique Thomasson, président du SNFA

Dominique Lamballe, président de FenêtréA
«
Il faut surtout mettre en place des mesures simples, pragmatiques et facilement compréhensibles. Depuis des années, toutes les mesures prises censées faciliter la rénovation énergétique des bâtiments plus les divers “stops and go” n’ont faits que complexifier les choses et leur compréhension. De plus, cette complexité alimente aussi les risques de fraudes. Je pense sincèrement qu’il faut mettre en place des systèmes simples qui pourraient coûter moins au budget de l’état et être plus efficaces pour la rénovation énergétique : c’est sans doute un vœu pieux que de le souhaiter… » .

Christine Riou-Feron, présidente de Riou Glass
« Le gouvernement doit aller plus loin dans une logique de filière complète. Les transformateurs de verre sont un maillon stratégique entre la production industrielle et l’usage final dans le bâtiment. Soutenir la construction et la rénovation, c’est aussi soutenir cette capacité à transformer intelligemment les matériaux.
Les dispositifs publics doivent encourager les solutions performantes, pas seulement les volumes. Les aides, les normes et les appels d’offres doivent reconnaître la valeur de la performance réelle des matériaux, et non leur seul coût immédiat. C’est indispensable pour orienter le marché vers des solutions réellement efficaces.
La stabilité réglementaire est également un point clé. Nos investissements - équipements, lignes de production, compétences - ne peuvent être décidés que dans un cadre durable et cohérent.
Enfin, la rénovation énergétique doit être considérée comme un levier majeur et rapide. Le remplacement de vitrages peu performants par des solutions adaptées est l’un des moyens les plus efficaces pour réduire immédiatement la consommation énergétique des bâtiments. À condition que les dispositifs soient simples, compréhensibles et orientés vers l’efficacité réelle.
Construire plus, oui. Mais surtout construire mieux, avec des matériaux bien choisis, bien transformés et utilisés là où ils sont réellement utiles. C’est aussi en valorisant le savoir-faire industriel français que nous ferons collectivement la différence ».

Xavier Lecompte, président d'Atulam
« Le revenu foncier est l’un des revenus les plus taxés en France. Avec la nouvelle loi, l’État ne baisse pas l’impôt mais il offre un outil pour neutraliser en grande partie la taxation, surtout pour des profils avec travaux, crédit et revenus élevés. Cela me semble positif pour relancer les investissements locatifs à condition que cela soit durable et bien communiqué ».

Laurent Demasles, président de l'UFME
« Une autre piste pourrait, selon nous, être explorée pour augmenter le nombre de rénovations : un financement des travaux avec un remboursement au moment de la mutation du logement. Nous savons désormais que le prix d'un bien croît d'environ 6% à chaque classification de DPE, soit plus de 30% entre une classification G et A. Ce pourcentage ne fait qu'augmenter au fur et à mesure que les acquéreurs s'approprient les enjeux de coût énergétique, carbone et confort que traduit cette classification. Ce delta majeur, qui revalorise fortement un bien, pourrait servir de garantie par un organisme financier de l'Etat pour porter l'emprunt servant à financer la rénovation correspondante. En étant enregistrée auprès d’un notaire, il serait tracé pour être remboursé au moment de la revente du bien. Comme autres mesures que porte la profession, nous pouvons également citer l’apport essentiel de MaPrimeRénov’, qui doit aider en priorité les ménages en précarité financière et donc en incapacité de financer et de gérer la complexité de travaux de rénovation de sortir de la précarité énergétique et de conditions de (sur)vie dans les périodes de basses températures comme des canicules. La TVA à 5,5% pour la rénovation reste aussi un élément décisif pour inciter les Français à investir vers ce poste de dépense vertueux en emploi, en dépendance énergétique de la France, en émission de carbone en confort de vie, … Finalement, il nous semble essentiel de continuer à accompagner les bailleurs sociaux qui restent un grand pourvoyeur de logements neufs et de rénovation de logements de qualité en France. Nous nous félicitons à ce titre de l'effort que le PLF 2026 porte sur ce point même s'il doit être amplifié et pérennisé sur des sources de financement récurrentes ».

Laurent Demasles, président de l'UFME