De gauche à droite : Thierry Chatin, Thierry Rousseau et Erick Thomas

Via sa holding familiale, Thierry Rousseau, président et propriétaire du groupe Brisach (140 magasins en France), a procédé au rachat du groupe Vial (47 magasins en France) avec la participation de deux autres actionnaires, Thierry Chatin et Erick Thomas, permettant ainsi de sauvegarder le premier groupe français indépendant de menuiserie industrielle “discount”.


Sauvegarde de 340 postes
En 2014, le groupe Vial, confronté à des difficultés économiques majeures, est placé en redressement judiciaire. Malgré une tentative de restructuration, l’enseigne varoise continuait à perdre des parts de marché et à voir son chiffre d’affaires se dégrader (en 2014, la société perdait 8 % de son chiffre d’affaires pour s’établir à 78 millions d’euros, soit 15 millions de moins qu’en 2012, selon le quotidien Les Échos du 9/04/2015). Pour échapper à la liquidation, l’obligation de rechercher un repreneur va donc s’imposer à la société. Ce rachat, en date du 31 juillet 2015, est réalisé par trois repreneurs, avec un capital détenu à 51 % par la holding familiale de Thierry Rousseau, les 49 % restants étant répartis à parts égales entre les deux autres actionnaires. Cette acquisition permet ainsi de maintenir l’activité du groupe Vial et de sauvegarder 340 postes sur les 402 que comptait le groupe azuréen.

Nous avons interrogé Thierry Rousseau au sujet de cette reprise, il nous répond en exclusivité.

Votre offre de reprise du groupe Vial a été acceptée par le Tribunal de Commerce de Toulon. Quelles ont été vos motivations lorsque vous avez présenté votre projet ? Pourquoi avez-vous montré un intérêt pour Vial ?
Thierry Rousseau : « L’offre présentée a été acceptée en date du 31 juillet avec prise de possession anticipée, le 3 août. Les actes de cession n’ont été signés qu’hier d’où ma volonté de ne communiquer que lorsque tout serait définitivement bouclé. Propriétaire du groupe Brisach depuis 11 ans, je cherchais à diversifier les participations de mon holding familial. J’ai étudié des dossiers dans divers secteurs (logistique, fabricant de poêles ou produits alimentaires). L’administrateur judiciaire, en charge du dossier Vial m’a contacté début mai 2015 car il avait appris que j’avais déjà tenté de m’approcher de ce dossier deux ans auparavant. Nous n’avions pas pu avancer car j’avais été grossièrement reçu par le conseil de l’époque. Au-delà de cette logique d’investisseur opérationnel, le dossier Vial m’intéressait d’un point de vue stratégique. En effet, Brisach et Vial proposent des produits dans le domaine de l’univers de la maison. Ils sont complémentaires au travers du fait que chez Brisach, nous proposons des appareils de chauffage et qu’une partie de la gamme Vial, propose des produits d’isolation (fenêtres et portes). Cela nous rappelle les critères mis en place par le gouvernement pour l’obtention du crédit d’impôt, le bouquet de travaux. Même si ces derniers ont disparu, je pense que la complémentarité est restée dans l’esprit des consommateurs. Fort de cette vision, il m’est apparu comme naturel de revenir sur le dossier Vial et de remettre une offre ».

Cette reprise entre-t-elle dans une stratégie de diversification sectorielle pour Brisach ou considérez-vous qu’il peut y avoir des synergies entre les activités des deux groupes ?
« Sur le plan de l’investissement, il s’agit d’une diversification de mon holding familial et non de Brisach. Les deux groupes sont et resteront indépendants l’un de l’autre avec chacun ses marques, ses réseaux de distribution et ses produits spécifiques. Hormis quelques synergies au niveau des structures (marketing, communication, logistique ou informatique), les autres sont purement business ».

Est-ce que ce sont des synergies plutôt industrielles ou essentiellement commerciales, ou bien les deux ?
« Les moyens de production sont très différents, ainsi les synergies seront essentiellement commerciales ».

Est-il possible de détailler vos projets en la matière ?
Pour les grandes lignes, j’y ai répondu dans vos précédentes questions. Pour le détail, c’est prématuré car le premier objectif est de stabiliser le groupe Vial, en apportant un complément de rigueur dans l’organisation et la gestion. Nous ne construirons les projets d’avenir que sur des fondations solides ».

Allez-vous conserver les quatre usines encore en activité de Vial ainsi que le réseau de distribution et les emplois liés à ces activités ?
« Sur le plan des usines, ont été conservées les usines de Gignac (la principale) et deux filiales espagnoles. Les usines de Roumanie et de Bolivie ne rentraient pas dans le périmètre de reprise. De toutes les façons, elles n’auraient pas fait l’objet d’une offre. Ce qui m’a guidé, lors de la construction de l’offre était le maintien d’un maximum d’emplois pour servir un maintien d’activité visant à satisfaire les clients et prospects. Ainsi 84 % des effectifs du périmètre de reprise ont été sauvegardés. 47 des 55 magasins restants ont également été repris. J’ai de solides ambitions pour ce groupe mais je me donnerai le temps nécessaire pour leur mise en œuvre, rien ne sera fait dans l’urgence et la précipitation ».

Propos recueillis par Frédéric Taddeï