L’entreprise Volma, implantée à Harnes (62), en cessation de paiement depuis le mois d’août dernier, a été déclarée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce d’Arras le 20 décembre dernier et a proposé un plan de continuation allant jusqu’au 30 juin 2018.
Nous avons interrogé Franck Serrure, qui a succédé à son père Guy Serrure, depuis début 2017.

Verre & Protections Mag :
Quelles sont les raisons ou les causes des difficultés actuelles de votre entreprise qui vous ont conduit à déposer le bilan ?

Franck Serrure : « Volma a connu une mutation importante depuis le début de l’année 2017. Faisant face à une situation financière tendue, il avait été convenu de réorganiser juridiquement l’entreprise en assurant la transmission de Guy Serrure à moi-même, son fils, d’accepter le déroulement d’un audit de situation réalisé en juillet 2017 par le cabinet BDL, de structurer le comité de direction et de rechercher de nouveaux partenaires financiers et d’assurer les négociations avec les différents acteurs du dossier ».

Mais d’où sont venus exactement les problèmes qui ont poussé Volma à se placer en cessation de paiement ?
« Aux termes de ces discussions que je viens d’évoquer, et ayant au préalable initié une conciliation ouverte le 7 octobre dernier, Volma a reçu les accords de la Région, de ses banques, de l’administration fiscale (accord de rééchelonnement de la dette fiscale) et d’autres partenaires financiers qui acceptaient un report de remboursement du principal. Seulement, l’un des actionnaires, Finorpa (actionnaire depuis 2009) qui communiquait sur apport complémentaire de 600 000 € sous conditions de réaliser les actions précédemment citées, a décidé au dernier moment de répondre négativement au tour de table, rendant ainsi caduque l’ensemble du projet. Ce revirement de situation a été brutal pour l’entreprise, son management et l’ensemble de ses effectifs et afin de ne pas compromettre son avenir, j’ai donc sollicité le placement de Volma sous la protection du Tribunal de Commerce ».

Quelle stratégie de relance de Volma avez-vous proposé au Tribunal de commerce d’Arras pour redresser la barre ?
« Notre stratégie reste en ligne avec celle que nous avions établie afin de finaliser notre plan de refinancement. Celui-ci était lié au fait de retrouver une trésorerie nous permettant de financer notre production afin de pouvoir faire face à une montée en puissance des produits pour lesquels nous avions fortement investi et qui sont en plein essor à ce jour. En effet, nous avons investi plusieurs millions d’euros dans le développement de nos produits aluminium et monobloc (centre d’usinage, centre de débit, sertisseuse quatre têtes, chaîne de thermolaquage et plusieurs tables numériques d’usinage etc.) au moment où notre produit historique (le panneau PVC) commençait à décliner en suivant un marché de la menuiserie PVC lui aussi en berne (à ce jour je pense que nous sommes toujours le seul fabricant de panneau totalement intégré et de fabrication 100 % française). Malheureusement il nous a fallu trois à quatre ans pour combler cette transition et dans un souci social de garder l’ensemble de nos collaborateurs, nous avons gardé une masse salariale importante avec des charges en adéquation et un chiffre d’affaires qui a suivi cette transition. Nous avons donc contracté des dettes fiscales et sociales tout en consommant notre trésorerie. Lorsque courant 2016 et début 2017 nous avons commencé à enregistrer les effets positifs de nos investissements et de nos développements monobloc avec les gammistes (Schüco, Technal, Sepalumic, Kawneer, AluK), avec lesquels nous sommes partenaires, nous n’avions plus la trésorerie pour accompagner cette croissance ».

Vous évoluez pourtant dans un secteur plutôt florissant où bon nombre d’acteurs sont en croissance ?
« A ce sujet, je tiens à préciser que Volma continue bel et bien de fonctionner normalement, que nous sommes soutenus par nos principaux partenaires publics ou privés, et que le carnet de commandes pour 2018 est déjà bien rempli. L’ensemble de nos clients nous ont affirmé leur soutien et je les en remercie. Notre outil industriel est totalement fini d’être payé et, surtout, nous sommes en phase de retrouver une trésorerie équivalente à notre BFR, car notre production fonctionne enfin en 3x8 avec des approvisionnements et des stocks de matière première nous permettant de résorber fortement nos retards, donc de facturer et surtout de pouvoir enfin tenir les délais que nous annonçons. À titre d’exemple, et cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps, nous n’avons pas pu charger l’ensemble de nos panneaux produits dans nos camions par manque de place.
C’est un indicateur extrêmement positif pour l’ensemble de mes collaborateurs ! ».

Ce redressement judiciaire va-t-il avoir des effets sur l’emploi ?
« Concernant l’aspect social, aucun plan ni suppression d’emplois n’est à l’ordre du jour. Nous avons une très bonne équipe de collaborateurs avec une très forte implication dans le redressement de Volma et mon souhait est de les conserver comme nous l’avons toujours fait, voire de renforcer ces équipes dans le futur ».

Allez-vous participer à de futurs salons comme Artibat ou EquipBaie ?
« Concernant nos participations aux différents salons, nous gardons la même philosophie. Je pense que notre place est avant tout à Batimat. Concernant EquipBaie ou Artibat, je considère que ce sont les salons de nos clients qui reçoivent, prospectent et communiquent avec leurs clients. Nous gardons donc notre position d’être partenaire des fabricants de menuiserie en leur apportant des solutions pour la conception de portes monobloc, contrairement à certains de nos confrères... Je ne pense pas qu’ils aient besoin que nous allions démarcher leurs clients avec des produits de portes d’entrée prêtes à la pose. Notre place est à leurs côtés afin de leur apporter des produits performants et co-développés avec leurs gammistes ».