La façade de la menuiserie Paal

Sous l’impulsion de Christine Scaramozzino, sa dirigeante passionnée d’art, l’entreprise Paal, spécialiste des menuiseries aluminium implanté à Conte (06), développe depuis 2013 un programme artistique ambitieux via sa Fondation d’entreprise. Christine Scaramozzino a pris le temps de détailler avec nous les particularités de ce projet.

Pourriez-vous nous parler des différentes missions de la Fondation d'entreprise Paal et des valeurs qui la soutiennent ?

« La Fondation d’entreprise Paal, créée en 2013, veut générer des synergies entre l'industrie, l'art et les études. Comment ? De plusieurs manières. D’une part, en introduisant l’art dans l’entreprise : pour offrir une vision nouvelle, ne pas travailler avec des œillères sur le monde extérieur, étonner, sensibiliser, faire découvrir. La Fondation a ainsi des œuvres d’art qu’elle fait circuler dans les bureaux de la société Paal et fait participer ses collaborateurs à la création d’une œuvre d’art (“L’arbre de la connaissance” inauguré aux 60 ans de Paal). D’autre part, la Fondation valorise la place de l’aluminium dans l’Art, par exemple en mettant en avant les métiers techniques et les métiers d'art et en offrant à des jeunes une ouverture d’esprit sur le monde professionnel (entreprise et artistes) pour qu’ils n’aient pas d’images stéréotypées. Les valeurs de la Fondation d’entreprise Paal sont l’ouverture, la curiosité, la bienveillance et la créativité ».

Quels sont les projets de la Fondation qui vous tiennent le plus à cœur actuellement ?

« Le projet qui nous tient le plus à cœur en ce moment est le concours “La matière en lumière”, destiné principalement aux collégiens des classes de 4e et 3e alors qu’ils sont en plein parcours d’orientation. C’est un concours fait pour les jeunes et dans lequel nous nous impliquons énormément.

Nous leur proposons un concours artistique qui permet, à partir d’un ou plusieurs matériaux imposés, de créer une œuvre sur un thème donné.

L’année dernière (concours l’art et la matière 2018-2019), nous nous sommes intéressés au matériau aluminium, sur le thème “On n'est rien sans les autres” : 120 collégiens ont créé 15 œuvres en équipes. Sept ont été finalistes en mai 2019, et l’une d’entre elles a remporté le Trophée : l’œuvre du groupe “Together 44” du Collège Simone Veil de Nice. La finale s’est déroulée le 13 juin 2019, le soir où Paal organisait un événement pour célébrer ses 60 ans : ce sont donc les invités, principalement des professionnels dans la menuiserie aluminium, qui ont voté pour leur œuvre préférée parmi les finalistes.

C’était une grande fierté pour tous les jeunes d’avoir participé à ce concours, et de notre côté nous avons été bluffés par la qualité des œuvres, l’implication et l’imagination des élèves. Il faut également souligner l’enthousiasme des enseignants et principaux des collèges en compétition, qui ont mené leur participation au concours sous la forme d’un véritable projet pédagogique. L’avantage de ce concours est en effet qu’il s’étale sur l’année scolaire.

Lors de ce concours, la Fondation d’entreprise Paal et ses partenaires fournissent le ou les matériaux imposés. Les collèges propsent leur candidature, puis, après sélection par le conseil d’administration de la Fondation, les élèves entrent dans le concours : ils dessinent leur projet, parfois votent pour savoir quel projet sera conçu, puis ils réalisent leur œuvre, et, enfin, la défendent en public devant un jury durant trois minutes. C’est un processus ouvert, bienveillant, formateur et enrichissant, d’autant que le concours s’accompagne de la présence continue de la Fondation : elle propose par exemple, dans le cadre de ce concours, des visites dans les entreprises partenaires ou des rencontres avec les artistes.

Ce concours permet aux élèves, à partir d’un matériau, de découvrir toute une filière industrielle, des métiers, des entreprises, mais aussi des artistes qui travaillent avec ce matériau. Nous voulons offrir une ouverture d’esprit aux jeunes ! Nous voulons casser les images reçues de l’industrie, aller plus loin dans la découverte des métiers manuels et techniques, montrer qu’un métier manuel peut aussi mener à l’Art.

Pour l’édition 2019-2020, le matériau sera double : l’alliance du métal et de la lumière. Plusieurs entreprises ont d’ores et déjà souhaité être partenaires : elles vont donc accompagner la Fondation et les collèges participants, en fournissant des kits de matériel et proposer aux collèges de les visiter afin de découvrir leur activité et leurs métiers ».

Comment ces différentes activités entrent-elles en interaction avec les projets et les valeurs de votre entreprise ?

« Le premier point d’interaction est l’insertion de l’art dans l’entreprise. C’est un aspect très important de notre politique interne. J’avais à cœur de susciter des réactions et ma première action a interpellé les collaborateurs, car ils n’ont pas été prévenus en amont.

Ainsi un lundi matin, ils ont découvert sur leur lieu de travail, dans un cadre très industriel et technique – un entrepôt conçu de manière utilitaire et pratique, une statue de l’artiste azuréen Patrick Schumacher, représentant un gorille “nature” (c’est-à-dire nu !) posant dans une stature humaine. Cela a beaucoup fait jaser ! Les collaborateurs, en premier lieu étonnés, se sont par la suite attachés à ce personnage, qui est resté en résidence quelques mois. Le jour où il est parti, il leur a manqué. Entre-temps, plusieurs œuvres d’art sont venues décorer les bureaux et lieux de passage, et chacun s’est habitué. Les collaborateurs font d’ailleurs régulièrement tourner les œuvres d’art d’un lieu à un autre, car l’art n’est pas statique ni définitif. L’art est fait pour bouger, pour créer des émotions. Et aujourd’hui, l’art fait partie de l’ADN de Paal.

L'art dans l'entreprise. Ici la statue Gorille de l'artiste Patrick Schumacher en prêt dans l'entreprise.

Chez Paal, l’art trouve également sa place jusque dans la démarche commerciale. Ainsi, sur un plan purement professionnel, les collaborateurs créent désormais des maquettes (c’est-à-dire des représentations miniatures de nos produits montés en portes et fenêtres par exemple, pour montrer à des clients ou prospects ce que fait la marque, quelles sont les gammes) avec une vision artistique et l’utilisation de couleurs inhabituelles pour des encadrements de fenêtre.

Les collaborateurs Paal sont parfois mis à contribution pour participer à la création d’une œuvre. Par exemple, pour les 60 ans de Paal célébrés cette année, une sculpture monumentale a été commandée à l’artiste Laurent Bosio. D’une hauteur de 4,65 m, toute en aluminium, cette sculpture baptisée “L’Arbre de la connaissance” symbolise l’histoire de Paal, depuis ses racines – qui remontent à sa création dans les années 1950 par les deux frères fondateurs (mon père et mon oncle) – jusqu’à une vision qui représente le futur de l’entreprise. Les collaborateurs ont dessiné leurs initiales, lesquelles ont été découpées par l’artiste dans des plaques d’aluminium et assemblées en haut du tronc de l’arbre, pour constituer le feuillage de l’arbre : sans les collaborateurs, sans une équipe, l’arbre n’est plus ».

Pourriez-vous également nous parler des projets (investissements, projets et recrutement notamment) futurs de Paal ?

« Nous sommes en train de développer notre réseau de prescripteurs, puis nous comptons nous ouvrir aux usagers et aux acheteurs finaux (c’est-à-dire les particuliers et les promoteurs). Pour cela, nous souhaitons développer avant tout notre notoriété, car aujourd’hui nous sommes essentiellement reconnus par les fabricants-installateurs en menuiserie aluminium.

En matière de recrutement, nous sommes à la recherche d’un technico-commercial itinérant en région Sud-Paca ».

Propos recueillis par Elsa Bourdot