C'est quoi cette idée selon laquelle l’acte de construire s’apparenterait automatiquement à un acte de polluer?

En mettant le monde du bâtiment dans un seul panier: les délinquants-videurs de gravats dans les bois et les vertueux-recycleurs de menuiseries, le gouvernement montre, une fois de plus, sa méfiance vis-à-vis du bâtiment (je n’ai pas dit son mépris). Exactement comme Nicolas Hulot qui balayait la fenêtre d’un revers en indiquant sans sourciller « qu’elle n’était pas efficiente! »

En actant la reprise gratuite des déchets du bâtiment en 2022, financée par une éco-contribution sur les matériaux neufs, la nouvelle loi “anti-gaspillage pour une économie circulaire” va donc faire payer indirectement les consommateurs français via une taxe qui sera bien évidemment répercutée sur le prix d’achat des matériaux.

Question au passage, le producteur de fenêtres qui fabrique ses menuiseries en Europe de l’est va-t-il lui aussi payer cette éco-contribution sur les matériaux neufs? Et si oui, à quel stade du process et à qui? L’Ademe qui, à la demande du gouvernement planche sur le sujet, apportera peut-être une réponse à ces questions.

La menuiserie n’est
pas un dêchet, c’est…
une menuiserie !

Et que dire du mot “gratuité”? La reprise “gratuite” des déchets du bâtiment est, à mes yeux, tout sauf gratuite, tout simplement parce qu’elle sera financée par le surenchérissement des matériaux (entre 8 et 10 %). Et puisque ce sera “gratuit”, inutile donc de faire l’effort de trier sur les chantiers! Les gougnafiers qui empilent les gravats, les fenêtres déposées, les câbles, etc., dans un coin du chantier seront donc logés à la même enseigne que ceux qui, depuis des années, trient et organisent la collecte des déchets de la construction pour mieux les valoriser.

En clair, les ouvriers qui travaillent au noir sur un chantier n’auront qu’à tout laisser dans un coin, de toute façon ce sera repris… “gratuitement”! À ce sujet, qui va reprendre les déchets et que vont-ils devenir?

Autre question, pourquoi la ministre Brune Poirson a-t-elle, en débat public à l’Assemblée Nationale, accusé les professions de n’avoir rien proposé en affirmant: « Nous mettons en place une filière REP car le secteur n'a pas proposé d'alternative véritablement convaincante »? Peut-être devrait-elle visiter les sites de recyclage de profilés PVC, un petit voyage dans l’Aube lui aurait peut-être ouvert les yeux ? Ou alors la visite d’un chantier avec des menuiseries composées de 75 % d’aluminium recyclé, en se rendant par exemple près de Marseille?

Soyons justes, le projet du gouvernement est aussi (et hélas) influencé par le terrible fait divers de l’été dernier au cours duquel le maire de Signes (83) est mort écrasé par la camionnette d’individus qui jetaient des gravats dans un fossé. Si effectivement la gestion des déchets est entachée par des pratiques, au mieux négligentes, au pire délinquantes, lutter contre les incivilités et vouloir développer le recyclage de la totalité des déchets des chantiers, ne passe pas par la mise dans le même sac de l’ensemble des acteurs du bâtiment qui ne sont bien évidemment pas tous pollueurs mais qui seront désormais tous… payeurs!

Ces informations, autant déroutantes qu’injustes, ne doivent toutefois pas nous faire perdre notre optimisme. Et fort de cette énergie chevillée au cœur de nos métiers, abordons la nouvelle année 2020 avec ardeur, motivation et surtout foi en nos professions. À titre personnel et au nom de l’équipe de Verre & Protections Mag, je vous souhaite une belle, douce et prospère année.


Editorial de Frédéric Taddeï dans VERRE & PROTECTIONS MAG n°115 / Décembre 2019