Quand j’étais enfant, ma grand-mère avait coutume de me dire : « C’est bien de jeter l’argent par les fenêtres, mais à condition que ce soit de l’extérieur vers l’intérieur ». Le bon sens corrézien ! Sans vouloir “obsessionnellement” revenir sur le CITE, qui, je dois l’avouer, a bien occupé mon mois d’octobre, ne pensez-vous pas que Nicolas Hulot, ou plutôt ses services mal conseillés, ont quelque peu manqué de “bon sens corrézien” ?
La liste est longue de cette absence de bon sens : annoncer tout de go que fenêtres et portes ne sont pas “efficientes”, supprimer brutalement des pans entiers du CITE, y ajouter des effets rétroactifs totalement inapplicables dans les faits et contestables dans la forme, rétropédaler en parlant d’erreur de communication, se voir contredire par le Président de la République, se voir publiquement demander des excuses par la profession unie en bloc derrière le pôle Fenêtres, se prendre un premier amendement en Commission des finances puis un second par le gouvernement... Bref ce genre d’annonce que l’on doit regretter d’avoir prononcée !
De toutes les manières, que le CITE reste, ne reste pas, soit tronqué ou limité, il est clair que, quel que soit le système envisagé pour le remplacer ou se substituer à lui, le mal est fait. Simplement parce qu’une “icône” de l’écologie, très populaire et écoutée, a officiellement jeté l’opprobre sur les fenêtres et les portes. Une image de produits vertueux que les professions avaient mis des années à façonner.
Ce qui dérange également, c’est cette obstination qu’ont les ministres de défaire scrupuleusement ce qu’avaient mis en place leurs prédécesseurs. Et ce, avec une minutie et une précision que l’on devrait étudier jusque dans les écoles horlogères du Jura suisse !
Lors des discussions sur le CITE à l’Assemblée nationale, un député, après trente minutes de débat sur les chaudières, les fenêtres et les portes, s’est interrogé avec candeur :

« mais enfin, pourquoi s’escrime-t-on
à vouloir changer un système qui
plaît et convient à tout le monde ? ».

C’est vrai, monsieur Hulot, est-ce vraiment pour faire économiser 850 millions d’euros aux finances françaises que vous avez dit : « Le crédit d’impôt pour les fenêtres, portes d’entrée et volets isolants est à ce titre d’une moindre efficience et suscite des effets d’aubaine car les économies d’énergie sont faibles » ? Faibles les millions de fenêtres, de volets et de portes qui ont été installés avec l’impulsion du CITE, faibles les économies d’énergie qui ont depuis été réalisées dans ces logements désormais mieux isolés, faibles les emplois que ce regain d’activité a permis de créer et de pérenniser, faibles les retombées fiscales que les entreprises ont reversées sous forme de TVA, I.S et autres contributions ?
En fait, on veut nous faire croire que ce sont les entreprises qui ont bénéficié du CITE alors que ce sont en premier lieu les consommateurs qui ont été aidés, et avec l’argent public, c’est-à-dire leur argent, notre argent.
Donc oui, je suis plutôt pour que l’on jette cet argent public par nos fenêtres car, venu de l’extérieur, il n’a qu’un seul but : améliorer l’intérieur. Le bon sens corrézien !

Editorial de Frédéric Taddeï dans VERRE & PROTECTIONS MAG n°100 / novembre 2017