“Let the sunshine in” chantaient les acteurs de la comédie musicale Hair, il y a… déjà trop longtemps ! La fenêtre a cela de paradoxal, c’est qu’elle doit à la fois laisser, justement, entrer le soleil mais aussi l’en empêcher. Elle a pour objet de nous protéger de l’extérieur mais aussi pour mission de nous projeter au dehors. Elle doit nous protéger du froid mais aussi du chaud. Bref elle est chargée de faire… tout et son contraire.
Cette “schizophrénie menuisière” est passionnante car quel autre élément de construction est-il autant ouverture que fermeture, transparence qu’occultation, passage que barrière ?
Les Français vivent une relation relativement complexe avec leurs fenêtres… “à la française” et la période que l’on vient de vivre a renforcé ce rapport spécial que nous entretenons avec nos ouvertures-fermetures. On a été contraints de cohabiter avec nos portes, nos fenêtres, nos stores et nos volets. Nous devrions les rejeter comme symboles anxiogènes d’un confinement qu’il faut bien qualifier de traumatisant. Ce n’est heureusement pas le cas.
Et c’est justement ce qui m’intéresse à l’heure actuelle : la fenêtre a retrouvé la place qu’elle avait peu à peu perdu dans l’esprit des gens : ils se sont rendu compte qu’en matière d’habitat il ne pouvait pas y avoir de dehors… sans dedans !
En clair, les fenêtres sont revenues dans le jeu et vont devoir être mises en avant dans toutes les campagnes, mesures gouvernementales, aides fiscales, programmes de construction, transitions énergétiques, luttes contre les passoires thermiques, etc. Car il ne va plus falloir nous raconter des histoires : les Français l’ont bien vu c’est par les mauvaises fenêtres que rentre le froid, c’est par l’absence de protections solaires que l’on étouffe dans nos intérieurs. Et qu’on ne vienne pas expliquer aux ménages modestes (et aux autres aussi d’ailleurs) que la précarité énergétique se combat mieux avec des poêles à bois qu’avec de nouvelles fenêtres. On n’a pas applaudi durant 100 jours les personnels soignants juchés sur des chaudières à granulés !
Le confinement, c’est fini (c’est d’ailleurs pour ça que je vous propose un magazine 0 % Covid) et nous sommes revenus dans l’action. Je reste intimement persuadé que la filière menuiserie va donc jouer un grand rôle dans les initiatives que les fédérations, FFB en tête, appellent de leurs vœux pour sauver le bâtiment français. Si on ne les entend pas à nouveau, il ne devrait que nous rester nos passoires thermiques pour… laisser entrer le soleil.


Editorial de Frédéric Taddeï dans VERRE & PROTECTIONS MAG n°118 / Juillet 2020