Editorial publié dans Verre & Protections Mag n° 103 de Janvier -Février 2018

« Ah, vous revenez de Las Vegas, ça devait être super tous ces robots, ces gadgets et ces jeux en 17 dimensions ? ». Voici à quoi on a (souvent) droit lorsque l’on revient du salon CES de Las Vegas : un Consumer Electronic Show réduit au merchandising de Star Wars pour geeks et blogueurs en recherche de jouets intelligents.
En fait, pas du tout, et c’est ce qui, à mes yeux, symbolise le mieux la rupture technologique qui touche la construction. Pour avoir eu la chance d’être accrédité à cette grand-messe dans la “cité du vice”, je peux vous assurer que j’ai participé à un vrai salon professionnel, où les discussions sur les stands des entreprises et des start-ups de nos secteurs se sont révélées techniques, super-techniques même. Preuve que la domotique (smart home) est entrée dans une ère où les hommes de technologie ont pris la place des rêveurs. Et ne nous y trompons pas, si à Las Vegas, on se sentait exactement comme sur des salons comme l’IFA ou R+T, c’est tout simplement que l’intelligence artificielle, l’objet connecté ou l’interopérabilité sont devenus des alphas et omégas de l’habitat et bien évidemment de ses ouvertures.
Les différentes initiatives prises par les grands acteurs, au premier rang desquels Somfy et Legrand, mais aussi par les jeunes pousses de la “smart home”, vont dans un seul et unique sens : la normalisation de la maison connectée et l’universalité de son pilotage. Une normalisation qui va pousser l’habitat connecté vers une forme de “normalité du connecté”. Une serrure connectée, un scénario de vie construit par l’apprentissage des objets sur les habitudes de vie, un volet qui fonctionne sur les cycles de sommeil, un vitrage de fenêtre qui détecte un grain de beauté potentiellement cancéreux sur la peau, une caméra qui différencie un être humain d’un animal, devraient être à la maison ce que régulateur de vitesse, GPS ou l’affichage sur pare-brise sont aujourd’hui à l’automobile. C’est là où je voulais en venir : le consommateur ne viendra pas à vous, fabricants de vitrages, de fenêtres, de fermetures ou de stores. Il ne viendra pas parce qu’il n’y croit pas vraiment. Même si 70 millions de foyers seront connectés dans le monde en 2020 (selon Berg Insights), vos clients ne feront pas partie de ceux-là si vous n’allez pas à eux via l’offre qu’il vous faudra leur imposer. En clair, il va falloir sérieusement penser à intégrer en série ce qui est encore hélas considéré comme une option de luxe et encore, quand option il existe ! Plutôt que de craindre les importations de menuiseries de pays à bas coût, montons définitivement en gamme, standardisons la fenêtre ou la porte connectée dans toutes les gammes, imposons le “smart home inside” dans l’offre et... changeons de métier. Devenons des domomenuisiers, des domoportaliers, des domostoristes, des domomiroitiers, bref, conjuguons au futur nos produits présents pour ne pas rester dans le passé !
Certains l’ont déjà compris, il suffisait de voir certains stands d’industriels à Batimat... Mais les autres... ?