Au travers de quatre questions simples, plusieurs personnalités dessinent pour nous, le paysage des mois à venir. Partant de leur expérience de l’arrêt brutal de leurs activités, la mise en place d’une reprise et, après le déconfinement du 11 mai dernier, le lent et vital retour à la vie d’avant… Mais en version “après”.
Ces points de vue, parfois divergents, ont toutefois un point commun : la volonté et la foi dans le retour à la croissance sans éluder, il faut le reconnaître, le véritable chemin de Damas que risque d’être le parcours de leurs entreprises dans les temps qui viennent.
Ont répondu les entreprises Atlantem, Atulam, Castes Industrie, Cetih, Concept alu, Dickson-Constant, DSI, Euradif, Fenêtréa, FPEE, France-Fermeture, Homkia, Hörmann, KE France, Lorillard, Minco, Novoferm, Profialis, Reynaers, Tryba, Veka.
Un immense merci d’avoir consacré du temps à ces interviews en pleine reprise de leurs activités.

Concrètement et techniquement, comment comptez-vous gérer les semaines qui suivent le début du “déconfinement” du 11 mai dernier ?

« Notre particularité est que la plus grosse partie de notre production est réalisée en France et réexportée à environ 80 %. Nous avions commencé à ressentir la crise avant le 15 mars avec des ralentissements sur une partie du monde, notamment en Asie et au Proche et Moyen-Orient. Nous n’avons donc pas été surpris lorsque la crise est arrivée en Europe et nous avions d’autres marchés qui commandaient encore des volumes non négligeables. Nous avons donc bénéficié d’une sorte d’effet “balance” entre la chute de certains pays et la bonne activité d'autres, même si en totalité cela n’a bien évidemment pas été conforme à ce que nous avions prévu. On a vu des pays qui ont redémarré très rapidement comme la Corée alors que les USA n'avaient pas encore commencé à ralentir. On a vécu le même scénario en Europe : entre l'Europe du Nord et l'Europe du Sud, il y a eu deux façons de gérer la crise et donc deux impacts différents sur l’économie, notamment avec un effet très fort sur l'Italie, la France et l’Espagne et un effet plus faible sur l'Allemagne, les Pays-Bas et la Scandinavie. Une crise à deux vitesses, donc, et des réactions diamétralement opposées entre le Nord et le Sud, pour schématiser. La date du 11 mai dernier n’a, en conséquence, pas vraiment changé grand chose pour Dickson puisque nous avons continué notre activité en l’adaptant simplement aux flux des commandes. On a juste dû arrêter de produire dans certaines parties de l'usine pendant une semaine, le temps de mettre en place toutes les mesures nécessaires pour la protection des employés. Aujourd’hui, nous visons donc à trouver le meilleur équilibre pour nos collaborateurs entre un retour progressif sur le site, la poursuite du télétravail et l’activité partielle, tout en étant au plus près de nos clients pour les accompagner au mieux dans leur relance d’activité. »

Qu’est-ce qui, selon vous, va être le plus complexe et également le plus aisé à réaliser, une fois l’activité remise totalement en marche ?

« On a très vite anticipé une reprise de la consommation, même si on sait très bien que la crise aura un impact sur l'économie et donc sur la consommation. Ce qui a été facile : poursuivre la production et la reprendre dès le déconfinement en montant en puissance. Ce qui va être le plus complexe : l’incertitude des commandes liée aux attitudes qu’auront les consommateurs. On va, en effet, très vite voir si les commandes enregistrées aujourd'hui résultent des carnets de commandes “pré-crise” des installateurs ou si ce sont de nouvelles commandes “post-crise”. Nous tablons sur le fait que les consommateurs auront à cœur de réaménager leur intérieur, d’équiper ou rénover leur espace extérieur, après des semaines passées chez eux, confinés ».

Quelles nouvelles mesures concrètes préconisez-vous pour soutenir votre secteur ?

« Nous n’avons bénéficié d’aucune aide de l’État. On a simplement recours à de l'activité partielle pour le moment, seule mesure que l'on a mise en place de façon à permettre aux employés de s'occuper de leurs enfants et pour pouvoir mettre en adéquation notre production avec le carnet de commandes. Au niveau des aides, il faut aujourd'hui relancer l'économie, c'est la priorité absolue. Le gouvernement a pris un certain nombre de mesures qui ont considérablement aidé les entreprises, ils ont très bien réagi. Je pense qu’une annulation des charges pour les mois de confinement aurait été plus adaptée, notamment pour l’activité de la protection solaire qui entrait dans la haute saison. Je pense également qu’une baisse de la TVA sur les produits permettrait un meilleur redémarrage de l’activité. Une TVA à 5,5 % serait parfaitement adaptée à la situation ».

Estimez-vous que les marchés et leur fonctionnement (consommateurs, production, mode de croissance, etc.) seront différents après la crise et en quoi ?

« Le consommateur a pris conscience de la fragilité du monde avec la nécessité aujourd'hui de protéger l'environnement et des limites de la globalisation. Pour l'entreprise, cette prise de conscience sera notamment accentuée par les jeunes générations qui entrent sur le marché et qui sont très intéressées par nos politiques en matière de RSE et développement durable.
Je pense également qu’il va falloir être vigilant après cette crise car beaucoup de pays risquent de se replier sur eux-mêmes avec une remontée des nationalismes. On a aussi pris conscience de notre fragilité d'être dépendants des autres, notamment avec l’épisode des masques, et l’on s’est rendu compte de notre interdépendance notamment avec l'Asie. En sortira peut-être une véritable volonté de réindustrialiser l'Europe et tout cela aura un impact sur les business-models actuels. La communication et le digital en particulier vont également continuer à prendre une part très importante si on veut pouvoir défendre notre place dans la nouvelle économie. D’autre part, je pense que l’on va avoir un très fort développement des notions d’hygiène et de protection sanitaire avec un impact sur la façon de travailler dans l'entreprise et probablement un besoin de plus en plus d'espace. De nouvelles normes vont sûrement être nécessaires pour le développement du télétravail, et les entreprises auront de plus en plus recours au temps partiel. En résumé, je pense que ça va être compliqué au niveau économique, qu’il va falloir être ingénieux et repenser nos méthodes et nos produits pour pouvoir être en adéquation avec les besoins et nouvelles attentes des consommateurs qui seront de plus en plus exigeants ».