Lors d’une conférence de presse organisée ce matin, mercredi 30 mars, par la Fédération Française du Bâtiment, celle-ci a dressé un panorama optimiste de la conjoncture du bâtiment.
Après huit années de crise quasi-continue, l’amorce d’une reprise d’activité dans le Bâtiment, que pronostiquait la FFB en décembre, semble se confirmer, même si elle ne bénéficie ni à l’ensemble des territoires, ni à tous les segments de marché. De fait, seule la construction neuve affiche une tendance à la hausse. Toutefois, l’appareil de production sort exsangue de la plus longue et la plus dure des crises traversées depuis la seconde guerre mondiale.

Crédits immobiliers en hausse de + 35 % pour le seul segment neuf
Les informations disponibles sur les matériaux mis en œuvre dans le bâtiment, et notamment dans le gros-œuvre, dessinent une reprise amorcée au tournant 2015-2016. Par exemple, en glissement annuel sur trois mois à fin février, la consommation de ciment et la production de béton prêt à l’emploi (non stockable) affichent des hausses respectives de 4 % et 3 %, alors que la consommation apparente des produits plats en acier carbone ressort stable. De même, la production de crédits immobiliers aux ménages affiche, hors renégociations, une nette hausse sur 2015, avec +27 % pour l’ensemble et + 35 % pour le seul segment neuf, mais 9 % pour les travaux d’amélioration-entretien seuls.

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Le logement neuf
Plus précisément, les ventes de logements neufs ont connu une vive accélération en 2015 et sur le début 2016. Du côté des constructeurs de maisons individuelles, elle ressort à + 13 % en glissement annuel sur 12 mois à fin janvier 2016 ; du côté des promoteurs, elle s’affiche à + 18 %. Compte tenu des habituels délais de production, on lit aujourd’hui les conséquences de ces accélérations dans les permis et mises en chantier, du moins pour ce qui concerne le collectif, où les volumes de logements autorisés et commencés progressent respectivement de 31 % et 9 % en glissement annuel sur trois mois à fin février 2016. De manière assez étonnante, l’individuel reste très en retrait dans les statistiques officielles, avec des hausses respectives limitées à 3 % et 1 % sur la même période.

Le non résidentiel neuf
Le non résidentiel neuf affiche, pour sa part, une amélioration plus rapide qu’attendue. De fait, selon les données officielles, toujours en glissement annuel sur trois mois à fin février 2016, on relève une hausse de 9 % des surfaces autorisées alors que les mises en chantier semblent avoir atteint leur point bas. De plus, tous les segments de marché participent de cette amélioration, à l’exception des bâtiments administratifs qui alternent très bons et très mauvais mois.
Quant au marché de l’amélioration-entretien, il reste atone, tant au regard de l’évolution du marché des crédits pour travaux seuls, déjà citée, que de l’opinion des chefs d’entreprise du bâtiment.

Des disparités territoriales
La césure reste forte entre zones à forts besoins, où le dynamisme du neuf l’emporte, et zones moins tendues, où l’étiage de l’activité amélioration-entretien constitue la tendance de fond. Il faut cependant noter que cette opposition semble s’estomper un peu. Certes, l’analyse par zone confirme que les permis de logement comme de non résidentiel progressent en Île-de-France, PACA et Aquitaine, mais qu’ils reculent en Rhône-Alpes et Alsace.
Par ailleurs, les régions Bretagne, Pays-de-la-Loire ou Auvergne affichent elles aussi une amélioration. Ces données témoignent au final d’une reprise du neuf qui se diffuse progressivement sur l’ensemble du territoire, partant de très bas il est vrai.

Appareil de production : une fragilité qui pèse lourd
Du côté de l’emploi, le bilan 2015 ressort un peu plus mauvais que prévu, avec 36 100 postes de travail en moins ( 3 %) contre une perte de 30 000 attendue en décembre 2015. On note toutefois un redressement rapide et durable de l’intérim, qui laisse espérer une amélioration de la situation, néanmoins pas avant 2017 compte tenu du sur-dimensionnement de l’appareil de production.
Quant aux entreprises, elles continuent d’afficher une belle résistance, avec une stabilisation des défaillances en 2015. Cela se fait cependant au détriment des prix, qui restent très bas, et de marges qui ont à nouveau reculé en 2015. De plus, alors que le décalage entre délais de paiement fournisseurs et délais de règlement clients ne cesse de s’accroitre, les trésoreries des entreprises s’étiolent, ce qui rend aléatoire la participation à la reprise de nombre d’entre elles.

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Comment assurer la reprise ?
Plusieurs facteurs doivent alors être réunis pour conforter la reprise dans les mois qui viennent. Tout d’abord, dans le champ institutionnel, il importe surtout de ne pas casser ce qui marche. Qu’il s’agisse du dispositif « Pinel », du PTZ renouvelé de 2016, de l’éco-prêt à taux zéro ou du Crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE), ainsi que la possibilité de les cumuler, ou bien encore du programme « Habiter mieux », ces mesures participent toutes, et parfois fortement pour le logement neuf, à l’amélioration relevée. Dans le champ de l’amélioration-entretien, il importe aussi de résister à la tentation de l’obligation « sèche » de travaux qui ne pourra, en aucune façon, remplacer l’incitation, d’autant moins d’ailleurs que les prix de l’énergie restent bas.
Il convient ensuite d’écarter les nouvelles menaces que font peser les récentes propositions du Comité de Bâle sur le marché du crédit, qui a pourtant fait preuve d’une exceptionnelle solidité sans risque associé en France. Il faudra enfin s’assurer que la reprise d’activité ne soit pas détournée par une concurrence déloyale, voire illégale.

Un partage des risques
Par ailleurs, compte tenu des trésoreries souvent exsangues des entreprises de bâtiment et du cycle habituel de production, il n’y aura pas de véritable reprise sans partage concomitant du risque. Il s’avère donc indispensable que toute la filière en prenne sa part : les entreprises, certes, mais aussi les banques, les assureurs-crédit et les fournisseurs.

Le logement, un accélérateur de croissance
Sous ces conditions, il faut rappeler la conséquence macro-économique forte d’une reprise de l’activité bâtiment dès 2016. L’actuel consensus de place table sur une croissance du PIB de 1,2 % pour le France. Ce chiffre repose notamment sur une baisse de 0,4 % des flux d’investissement des ménages. En retenant notre prévision de + 5,5 % pour le logement neuf, de + 1,0 % pour le gros entretien et une baisse de 0,4 % pour le solde, l’investissement des ménages flux progresserait alors de 2,5 %. Toutes choses égales par ailleurs, la croissance du PIB s’établirait alors à 1,4 %, soit 0,2 point de pourcentage en plus que le consensus de place. En d’autres termes, pour la première fois depuis 2008, l’investissement dans le logement s’avèrerait un accélérateur de croissance.

L’emploi, sujet de préoccupation
L’emploi reste pour notre secteur un point majeur de préoccupation. Nous l’avons partagé avec les organisations syndicales dans le cadre de l’accord de méthode pour un dialogue économique et de l’emploi, signé avec quatre organisations en janvier. Outre les objectifs globaux de 240 000 recrutements que nous nous sommes fixés sur les trois prochaines années, nous souhaitons pouvoir recruter 5 000 apprentis supplémentaires dès la rentrée prochaine.

Les apprentis
Mais l’abandon des mesures concernant la durée du travail des apprentis mineurs, qui figuraient dans l’avant-projet de loi « Travail », constitue un bien mauvais signal. Concernant les apprentis mineurs, les recrutements sont passés depuis 2008, de 31 000 à 18 000 jeunes à la rentrée 2015. Dans notre secteur, où le travail est organisé par équipe, il est essentiel d’aménager et de simplifier la procédure permettant à ces jeunes de suivre le même rythme de travail que celui de l’équipe dans laquelle ils se forment. Tout doit être fait pour faciliter leur intégration professionnelle, dans l’équipe et dans l’entreprise.

Sécurisation des licenciements
Dans un monde complexe et ouvert, marqué par le chômage, on retiendra de ce projet de loi la louable intention de bâtir un marché du travail plus efficace. Chercher à sécuriser les licenciements, pour les employeurs comme pour les salariés, procède pourtant d’une approche pragmatique et protectrice, bien loin des « toujours plus et jamais moins ». Mais les mesures récemment annoncées ignorent cette recherche d’équilibre et font fi de la situation des entreprises artisanales et des PME, qui sont majoritaires dans notre secteur. Comment de plus se satisfaire d’un texte qui privilégie les accords d’entreprise plutôt que les accords de branche ? En assurant les mêmes règles pour tous, l’accord de branche garantit une concurrence égale dans un environnement concurrentiel déjà très chahuté.

Le compte pénibilité
Nous ne pouvons non plus nous satisfaire d’un texte, qui par le biais du “compte personnel d’activité”, entérine le “compte pénibilité”, et ce alors même que la mise en œuvre de ce dernier dispositif reste d’une grande complexité et d’un coût réel pour toutes les entreprises de notre secteur. C’est pourquoi nous avons récemment demandé le report d’un an d’un dispositif mal conçu dès l’origine.

Les seuils
Face aux sirènes du travail détaché, combattre la complexité d’un droit du travail surabondant et pointilleux, prendre en compte la situation des entreprises de toutes tailles, en lissant enfin les effets de seuils, devient chaque jour plus qu’une absolue nécessité.