Le groupe Cetih, sous l’impulsion de son président Yann Rolland et de son directeur général François Guerin, fait figure de précurseur pour tout ce qui concerne la responsabilité sociétale des entreprises. Elle se base pour cela sur plusieurs piliers : économie circulaire, énergie, bien-être au travail, matières utilisées, etc.
L’un de ces axes est l’implication sociétale, illustrée par l’intégration récente de deux migrants irakiens au sein de l’équipe de production de son usine de Machecoul (44). « Notre démarche ne doit pas être vue comme opportuniste, face à un marché de l’emploi tendu et des difficultés à trouver des opérateurs compétents. Elle s’inscrit plutôt dans une volonté d’accueil, mais aussi de partages et d’échanges au sein même de nos équipes », déclare Thibaut Briand, directeur industriel portes et qualité de Cetih.

“Universalité de la menuiserie”

Avec le concours du collectif Daviais, une structure d’aide aux réfugiés basée à Nantes, Thibaut Briand s’est ainsi chargé avec François Guerin du recrutement et de l’intégration du premier salarié : Asador Alshamani.

Il raconte : « Le premier élément-clé est la langue. Même s’il ne la maîtrisait pas au départ, nous devions être certain que le futur salarié serait dans une démarche d’apprentissage de la langue française. Et nous souhaitions aussi que cela fasse partie d’un projet de vie familial », poursuit Thibaut Briand. Son épouse et ses enfants ont ainsi pu rejoindre Asador, qui a de son côté pris des leçons de français. À noter que toutes les démarches administratives ont été prises en charge par le collectif Daviais.

« Le deuxième élément important est le métier. Bien que les méthodes, les normes et les outils soient différents entre la France et l’Irak, nous avons retrouvé chez Asador, qui a une formation de menuisier, le même attachement au matériau bois que nous avons chez Cetih », explique Thibaut Briand. Cette universalité du métier de menuisier a été primordiale, elle a permis à Asador et ses collègues de contourner la barrière de la langue pour se rassembler autour d’une expertise commune : le travail du bois.

Un exposé sur l’Irak qui a éveillé les consciences

Au-delà de son aspect sociétal, cette intégration a eu d’autres vertus, par l’évolution des consciences qu’elle a générée au sein des ateliers. « L’image du migrant n’est généralement pas très positive. À notre échelle, nous sommes heureux d’avoir pu inverser ce ressenti », poursuit le responsable. « Il y a eu une réelle prise de conscience des difficultés que traversent certains migrants, comme Asador, un chrétien qui vivait à Mossoul, l’une des zones les plus dangereuses du conflit irako-syrien ». Lors d’un point mensuel, un exposé du parcours d’Asador, avec des éclaircissements historiques et géographiques a été présenté à l’ensemble du personnel. « Cet épisode a largement participé à la déconstruction des préjugés », se félicite Thibaut Briand. « Chaque salarié a eu envie de faire des efforts pour intégrer au mieux ce nouveau collègue, qui au final leur ressemble », précise Jean-Luc Perocheau, responsable de production de l’usine. « Le langage des gestes a été précieux au départ, aidé ensuite par les outils de traduction en ligne », poursuit-il.

« Enfin, cela a sans doute donné aux salariés locaux une autre vision de leur propre sort, de leurs conditions de travail ainsi que des outils à leur disposition. Finalement, tout le monde est gagnant », s’enthousiasme- t-on chez Cetih.

Le groupe entend poursuivre cette expérience réussie. Un second immigré irakien, membre de la famille d’Asador, a récemment été recruté. « Lui n’est pas menuisier, admet Thibaut Briand. Mais il a un bon niveau d’études (Master 2 de mathématiques) doublé d’une motivation sans failles. Il voulait même travailler gratuitement ! Pour l’instant, nous lui confions des tâches relativement opérationnelles », conclut Jean-Luc Perocheau.