Xerfi-Precepta vient de publier une étude approfondie sous le titre “Les enjeux et stratégies sur le marché de la maison connectée – Interopérabilité, intelligence artificielle, résilience numérique : quelles perspectives sur le jeu concurrentiel entre fabricants, agrégateurs et prescripteurs ?”.

Le nombre de résidences connectées a doublé en quatre ans

L’attrait des Français pour la maison connectée se confirme. À tel point que 59 % d’entre eux estiment souhaitable l’automatisation du logement, soit 10 points de plus qu’en 2013. Et le potentiel du marché de la maison connectée est immense. La France compte en effet quelque 30 millions de résidences principales occupées, dont plus de 17 millions de ménages propriétaires. Et si le nombre de résidences connectées a doublé en quatre ans, il ne représente que 11 % du total. En tête des ventes d’équipements domotiques figurent les enceintes connectées (600 000 unités vendues en 2018). Lematraquage publicitaire de Google et Amazon, qui ont placé l’interopérabilité et l’intelligence artificielle au cœur de leur stratégie, n’y est bien sûr pas étranger. Les caméras de sécurité ont également rencontré un franc succès commercial (300 000 unités écoulées).

En revanche, seulement 45 000 thermostats connectés ont été commercialisés l’an dernier.

Sécurité et économies au cœur des motivations des acheteurs

La sécurisation de l’habitation et l’optimisation de la facture énergétique sont les principales motivations à l’achat d’objets connectés pour le logement. Pourtant, l’habitat intelligent nourrit également des inquiétudes concernant l’utilisation des données à des fins commerciales. Sans oublier les préoccupations en matière de santé (nuisance des ondes wifi et électromagnétiques) de plus en plus prégnantes au sein de la population. Les professionnels devront également composer avec un ralentissement de l’activité dans la construction de logements.

Dans ce contexte, le marché de la maison connectée devrait générer des ventes de deux milliards d’euros d’ici 2021 (contre plus de 1,2 milliard en 2018), pronostiquent les experts de Xerfi Precepta.

Entre la forte demande des clients (sécurité, maintien à domicile des seniors, énergie...), l’émergence d’une offre susceptible de répondre aux attentes des consommateurs et l’appropriation des objets connectés par des prescripteurs (assureurs ou promoteurs immobiliers), le marché français de la maison connectée poursuivra son accélération. Les dernières innovations technologiques en matière d’intelligence artificielle (contrôle par la voix des appareils domotiques...) favoriseront aussi la conception de nouveaux équipements à forte valeur ajoutée, susceptibles de doper les ventes à moyen terme. Google et Amazon ont d’ailleurs largement contribué à populariser de nouveaux usages permettant aux professionnels de vendre davantage de produits à valeur ajoutée. En plaçant l’intéropérabilité et l’intelligence artificielle au cœur de leur stratégie, les deux géants américains ont fait entrer la maison connectée dans une nouvelle ère.

Hisser le smart home d’un cercle d’initiés et de spécialistes à un marché de masse

Aujourd’hui, affirme Xerfi, aucun opérateur n’est en mesure de fournir une offre de solutions clés en mains. Le marché repose ainsi sur de multiples compétences et solutions spécifiques à des problématiques propres. L’écosystème du smart home regroupe dès lors un grand nombre d’opérateurs aux profils très différents que l’on peut regrouper en quelques grandes familles. Les agrégateurs (Google, Amazon, Illiad-Free, etc.) fournissent les outils physiques et numériques (box, application mobile, enceinte connectée, logiciel de commande vocale) permettant de rendre les différents équipements de la maison interconnectés et intelligents. Ils s’imposent donc comme des acteurs de plus en plus importants. Les start-up des objets connectés (Netatmo, Nest ou Ring) et les opérateurs de l’électronique grand public (Samsung, Netgear) mettent eux à profit leur savoir-faire technologique et marketing pour proposer de nouveaux produits plug & play pour la maison intelligente. Quant aux prescripteurs (promoteurs, constructeurs, distributeurs, assureurs, énergéticiens, etc.), ils ont un rôle déterminant pour hisser le smart home d’un cercle d’initiés et de spécialistes à un marché de masse. À condition de surmonter les écueils de structuration et de visibilité de l’offre. Dans ce contexte, les domoticiens historiques, soit les fabricants de matériels électriques et d’automatismes (Somfy, Nice, Legrand) qui conçoivent et commercialisent depuis le milieu des années 1980 des box et équipements domotiques basés sur des protocoles de communication propriétaires, doivent s’adapter. Déjà, certains ont revu leur stratégie. Delta Dore ambitionne ainsi de réaliser 70 % de son activité à l’international d’ici dix ans en redoublant d’efforts en matière de R&D pour développer de nouvelles solutions innovantes. Pour rester dans la course et profiter des perspectives alléchantes du marché de la maison connectée, ils procèdent également à des acquisitions. Legrand a ainsi racheté en novembre 2018 Netatmo, le précurseur français (lire également Verre & Protections Mag n°107-108, page 42). Surtout, leur approche est désormais agnostique comme l’illustrent leurs partenariats technologiques avec des opérateurs télécoms, des assureurs ou encore des énergéticiens. L’avenir de la maison intelligente reposera en effet bien plus sur les services à valeur ajoutée (assurance habitation personnalisable, services de dépannage...) que sur les équipements eux-mêmes. À moins que, échaudés par le scandale Cambridge Analytica en général et l’exploitation des données personnelles en particulier, les consommateurs n’en décident autrement ?, se demande in fine l’auteur de l’étude.