Quel est l’avenir digital des travaux de l’habitat ? Comment les acteurs historiques des métiers de la menuiserie vont-ils amorcer leur transition digitale ? Si ces activités restent encore très largement aux mains d’acteurs “traditionnels” en réponse à des pratiques d’achats classiques ancrées chez les clients, plusieurs tendances prouvent aujourd’hui l’émergence d’une mutation qui s’accélère. Trois questions à Baptiste Caspar, PDG de “J’aime mon artisan”.

Pourquoi considérez-vous que l’achat en ligne de produits de construction est aujourd’hui pertinent ?
« Réaliser des travaux de construction ou de rénovation de son logement est aujourd’hui encore un long parcours du combattant. Consulter les bonnes entreprises, expliquer son projet à un commercial ou un artisan à l’écoute, relancer pour obtenir son devis, comparer des offres qui manquent de transparence puis passer à la phase de négociation pour payer le juste prix. Toutes ces étapes chronophages et anxiogènes démotivent certains propriétaires avant même de lancer leurs projets de travaux. Les
attentes des consommateurs changent grâce à internet. La simplicité, la rapidité, la transparence qu’offre l’achat en ligne de produits et services développent l’appétence des consommateurs pour ce type de comportement et ce canal d’achat. Depuis quelques années, de jeunes start-ups, souvent issues du numérique, inventent les nouveaux usages et proposent des alternatives de mise en relation entre les professionnels et les particuliers. Leurs objectifs communs sont de rendre la relation plus digitale et plus efficiente dans l’intérêt des deux parties : acheteurs et vendeurs ».

Il existe vraiment une “ubérisation” des métiers de la construction ?
« La transformation digitale en cours est une réelle opportunité pour les professionnels des travaux, à condition d’accepter cette nécessité, d’investir suffisamment et rapidement dans ce canal de distribution. La filière doit tirer profit de cette mutation et ne pas subir les changements qui peuvent être imposés par ceux qui “uberisent” les métiers de la construction et de la rénovation. Les trois dernières années, de nombreuses start-ups ont émergé et proposent une alternative d’achat aux consommateurs, et ceci, au détriment des acteurs historiques. frizbiz.com/fr, le n°1 du jobbing en France, propose aux particuliers le service de « bricoleurs » pour de petits travaux à domicile. En vous baladant sur son site ou dans ses rayons, Leroy Merlin vous propose ainsi d’acheter une menuiserie et de trouver un “jobber” pour la mise en œuvre. Comptez 10 à 30 euros par heure pour vous offrir les services d’un bricoleur qui vous réclamera la somme en main propre à la fin des travaux. www.mesdepanneurs.fr surfe intelligemment sur la malhonnêteté assumée des serruriers qui vous facturent 600 euros l’ouverture de votre porte claquée malencontreusement un dimanche soir. Sur ce site, il vous en coûtera entre 70 et 130 euros.
N’imaginez pas que ces acteurs s’activent uniquement sur des plates-bandes qui ne sont pas les vôtres, vous pouvez également acheter votre porte, vos fenêtres, vos volets et/ou leurs installations sur ces sites d’une efficacité redoutable.
Les investissements dans les start-ups du domaine des travaux à domicile ne cessent d’augmenter les dernières années. En 2015, la Maif investit 1,7 million d’euros dans www.mesdepanneurs.fr. Deux ans plus tard, la jeune pousse est rachetée 10 millions d’euros par le groupe Engie. Il en est de même pour toutes les autres start-ups des travaux qui, ambitieuses et disruptives, lèvent de grosses sommes pour “uberiser” le secteur des travaux de rénovation, un marché de plus de 70 milliards d’euros en France ».

Que préconisez-vous ?
« Pour contrer cette tendance disruptive et dans le cadre de la transition énergétique amorcée, il est important que les start-ups et les grands groupes du BTP travaillent main dans la main et dans une relation gagnant/gagnant. L’année 2019 sera très certainement l’année de l’e-transformation du marché des travaux de l’habitat. À maturité et dans cinq ans environ, un chantier de rénovation sur dix sera acheté sur Internet. Deux typologies d’acteurs capteront les sept milliards d’euros de volumes d’affaires qui se traiteront sur Internet : ceux qui “uberisent” avec de nouveaux process et de nouveaux entrants, et ceux qui, comme Jaime Mon Artisan.com, accompagnent les acteurs historiques dans leur transformation digitale ».