Placée en redressement judiciaire en mai 2017, la Menuiserie Industrielle de Dormans (51) a trouvé repreneur le 3 octobre en la personne d’Hervé Coutelas, un entrepreneur atypique dans son parcours comme dans ses priorités managériales. Le dirigeant, âgé de soixante-trois ans, qui compte travailler encore... une vingtaine d’années, préside la Holding New Cap, une SAS au capital de deux millions d’euros, spécialisée dans la menuiserie prête à poser pour les professionnels et désormais détentrice à 100 % de quatre filiales couvrant tous les segments de marché sur le résidentiel.

Cap Mid, petite dernière des filiales New Cap
Joseph Moussez, né à Dormans (51) en 1844, revient dans son village natal après son tour de France comme Compagnon menuisier-charpentier pour y créer il y a 70 ans, la Menuiserie Industrielle de Dormans, une entreprise familiale qui verra se succéder plusieurs générations de menuisiers, fabriquant essentiellement des portes en bois puis en acier.
« Des produits complémentaires à ceux proposés par mes autres filiales. C’était donc une opportunité qui se présentait pour sauver du monde et étendre notre offre » explique Hervé Coutelas, président de la holding New Cap.

À parcours atypique...
Alors qu’il se destinait à devenir instituteur, il renonce à l’École normale « par amour des sports de combat » pour rejoindre l’équipe de France de karaté en 1977. Il a alors 23 ans et déjà le goût de l’aventure entrepreneuriale. « J’ai voulu évoluer vers l’entreprise parce que ça m’attirait de créer et développer. Au départ j’étais agent commercial d’un produit plastique et je voyageais dans toute la France ce qui m’a permis de connaître beaucoup de monde » se souvient Hervé Coutelas qui est resté agent commercial jusqu’à l’année dernière pour le groupe Brett Martin et n’a jamais été salarié de ses entreprises. Il crée la première, Les Plastiques du Nord en 1985 et c’est la deuxième, PSI (Plastique Système International), fondée trois ans plus tard et cédée en 1996 à Thyssen, qui lui donne l’idée « d’unir les gens ». Une idée qui se concrétisera par la création du groupe Cap France en 2009. « Un petit groupement d’une cinquantaine d’adhérents dont l’idée était de se regrouper pour avoir une puissance et des conditions d’achat un peu meilleures mais sans plus de prétention ». Ce GIE est indépendant de New Cap, « le seul lien entre les deux, c’est la menuiserie ». Entre-temps et après la cession de PSI, Hervé Coutelas, crée une nouvelle société en 1999, Cap Champenois (Concept aluminium production). « J’avais comme clients beaucoup de serruriers, couvreurs, charpentiers métalliques et peu à peu des menuisiers alu. Après avoir cédé PSI, j’ai créé Cap Champenois pour faire de la fourniture aux professionnels de menuiserie prête à poser » explique-t-il. C’est le point de départ de son engagement dans la filière. Il reprend en 2005 PVC Design qu’il fusionne avec Cap Champenois en 2011, année où il crée sa holding New Cap dont il est associé et acteur unique avec son épouse. Depuis les reprises se succèdent au gré des projets et des opportunités, des entreprises et emplois à préserver sur le territoire.

...management atypique
Ce qui pousse ce passionné de karaté, fondateur du Cercle Rémois d’Arts Martiaux qu’il préside depuis 1985, à créer et reprendre des usines, c’est avant tout une détermination inébranlable. « Fabriquer exclusivement en France c’est ça mon combat ». Une détermination qui s’affirme aujourd’hui par une initiative récente de l’entrepreneur « On a déjà la marque NF et je viens de m’inscrire à un label qui m’intéresse : Origine France Garantie. Je n’en éprouvais pas le besoin car je suis 100 % fabrication française mais j’ai discuté avec Yves Jego et Arnaud Montebourg au dernier Congrès de Reims et j’ai compris que c’est un label qui commence à avoir pignon sur rue donc à être pris en compte par les donneurs d’ordre et les consommateurs. Raison pour laquelle je me suis inscrit ». Le pendant de cet attachement à la fabrication française est celui de pré- server et créer « le maximum d’emplois durables en France », quitte à mettre au second plan le taux de rentabilité des structures qu’il fédère. Ce combattant de l’industrie française s’est notamment illustré fin 2014 dans la reprise d’Isoplas. Alors que New Cap ne comptait que 55 personnes, il reprend 120 des 170 salariés de l’usine quand 70 seulement étaient nécessaires sur le premier exercice et parvient à convaincre les collectivités locales de le soutenir dans ce sauvetage d’envergure imposé par la mise en redressement judiciaire d’Isoplas, fabricant intégré de Huis Clos, mis en faillite juste avant. « La dernière acquisition, et pire encore l’avant-dernière, je peux vous dire que ça n’était pas pour l’argent mais pour sauver du monde et sauver des marques éteintes » précise Hervé Coutelas. « À Dormans j’ai repris 40 personnes sur 45. Je n’ai jamais licencié ; j’ai toujours repris le maximum de salariés. Aujourd’hui on est pas loin de 300 personnes chez New Cap » rappelle le dirigeant qui ne se départit pas pour autant d’une nécessaire rentabilité économique pour garantir la durabilité des emplois. La pérennité de ses sociétés a donc toujours été un prérequis de son engagement et de son management : « Pour l’instant sur Cap MID on est en sureffectif par rapport au chiffre d’affaires qu’on va donc développer en priorité, même si mon vrai projet est de développer l’effectif. La logique économique m’oblige à développer d’abord le chiffre et c’est ce qui est prévu par le biais des synergies entre les 4 entités ».

New Cap développe des synergies et investit
« On a maintenant quatre filiales détenues à 100 % par New Cap. Cap Champenois à Reims (51), une SAS au capital de 500 000 € que j’ai créée il y a 18 ans. Cap Isoplas à Harfleur (76), une SAS au capital de 500 000 € reprise en décembre 2013 au Tribunal du Havre. Cap Fermoba, une SAS au capital de 150 000 € reprise en décembre 2014 au tribunal de Troyes et dont l’usine a été rapatriée à Reims. Et enfin Cap MID, une SAS au capital de 100 000 € à Dormans près de Reims » énumère Hervé Coutelas.
Les trois sites de production dont le plus important est celui d’Harfleur (les 2 autres étant à Reims) permettent au groupe de produire une large gamme de produits de menuiserie de fabrication française : fenêtres, volets roulants, portes de garage, portails (alu et PVC), portes d’entrée (alu, PVC, composite, bois et acier) stores, bardages, vérandas, pergolas, balcons, clôtures et garde-corps PVC. Leur commercialisation à l’échelle nationale s’appuie notamment sur la filiale Cap Fermoba. « J’ai repris le groupe Fermoba avec ses onze agences que j’ai remis aux mains d’indépendants devenus concessionnaires car je n’ai pas vocation à vendre aux particuliers. Je développe donc un réseau Fermoba national à l’instar de Tryba ou Art& Fenêtres ». Quelques clients en Belgique et en Suisse qui sont plus liés aux relations du dirigeant qu’à une démarche volontaire même si Hervé Coutelas n’est pas opposé à se lancer dans une activité à l’export s’il trouve le bon commercial pour cela. Récemment un de ses amis a d’ailleurs ouvert une piste sérieuse au Costa Rica. Avec un chiffre d’affaires cumulé de 33 millions d’euros en 2016 soit une croissance d’environ 15 % par rapport à 2015, New Cap continue et continuera à investir pour développer son chiffre d’affaires et pouvoir recruter. Un investissement de 450 000 euros a été réalisé cette année auprès de Fom et Döering pour équiper l’usine de Cap Champenois de deux centres d’usinage et celle de Cap Isoplas (qui compte déjà six lignes d’assemblage PVC), d’un centre d’usinage et d’une cintreuse qui permettra d’étendre l’offre du groupe aux produits cintrés. Ces quatre nouvelles machines seront opérationnelles en novembre 2017.