Pour la transformation en palace de l’hôtel de Crillon, une rénovation haut de gamme a été choisie : les circulations ont été repensées et simplifiées, les chambres agrandies, un sous-sol a été creusé sous le bâtiment pour accueillir une piscine et toute la décoration a été revue. Seules les façades sont restées identiques, mais en apparence seulement... Les menuiseries bois de Bourneuf et Lorillard ont été réalisées dans les règles de l’art pour ces façades classées Monument historique.

Quatre ans de travaux
Situé à Paris, place de la Concorde, à l’angle de la rue Boissy d’Anglas, l’hôtel de Crillon est depuis 2010 la propriété d’un membre de la famille royale saoudienne, et nommé “hôtel de Crillon, a Rosewood hotel”. Il comprend 124 chambres, dont 43 suites.
Fermé en mars 2013, cet hôtel, l’un des plus anciens et des plus luxueux de Paris, a rouvert le 5 juillet 2017 après quatre ans de travaux. C’est la première rénovation d’envergure de cet hôtel prestigieux depuis son inauguration en 1909. Le projet a été conçu par l’architecte Richard Martinet, de l’agence Affine Design. Son objectif a été qu'« aucune intervention contemporaine ne se [lise] sur les façades extérieures ni sur celles des cours intérieures également classées. » Afin de perpétuer le style de l’hôtel de Crillon, la décoration a été confiée à trois décorateurs, Cyril Vergniol, Chahan Minassian et Tristan Auer, ainsi qu’à la directrice artistique Aline d’Amman.
Cette mission a posé la double problématique d’une prise en charge historique délicate, impliquant une étude détaillée de l’édifice pour en comprendre les origines et les modifications, et de la modernisation nécessaire, pour répondre aux aspirations et aux modes de vie des clients du luxe d’aujourd’hui, habitués aux palaces internationaux. Le projet a porté sur la rénovation totale du bâtiment de 14 000 m2 et de ses sept étages, sa décoration complète et l’agrandissement des chambres, mais aussi la création de nouveaux restaurants, d’un spa et d’une piscine de 14 m de long en sous-sol. Ainsi, 40 marbres différents ont été utilisés pour les décorations intérieures sur un total de 600 matériaux variés. Le contrat de plus de 100 millions d’euros a été réalisé par Bouygues bâtiment Île-de-France, filiale de Bouygues construction.

Une porte avec le monogramme de l’hôtel

Bourneuf a développé ses propres procès-verbaux
En décidant de s’entourer des meilleurs artisans – ceux dont le savoir-faire en matière de rénovation de bâtiments classés est reconnu en France comme à l’étranger – le choix de Bouygues construction concernant les menuiseries extérieures s’est tourné vers le groupe Lorillard. En effet, Bouygues et Lorillard avaient déjà connu une collaboration réussie sur la rénovation d’un palace de la Place Vendôme.
La force du groupe Lorillard s’est par ailleurs accrue, suite à son acquisition en 2016 de l’entreprise Bourneuf, entreprise familiale centenaire dans la menuiserie bois haut de gamme. Or, Bourneuf jouit d’une grande notoriété en matière de réhabilitation de prestige de bâtiments du patrimoine, réalisée dans le plus grand soin et avec les plus beaux matériaux. Qui plus est, l’entreprise travaille avec Bouygues construction depuis plus de dix ans.
Formées aux techniques anciennes, les équipes de menuiserie ont fourni un travail dans les règles de l’art et ont porté le plus grand soin à la rénovation de la célébrissime façade classée de l’hôtel, élément remarquable de la place de la Concorde et conçue pour Louis XV par le célèbre architecte franca̧is Jacques-Ange Gabriel.
Le chantier de cet hôtel représentait plus de 360 menuiseries extérieures en chêne à fort coefficient acoustique et, pour certaines, avec un classement pare-flamme pour répondre à la réglementation en matière de protection incendie. Outre la notion de respect et de protection de l’architecture de ce monument historique, il a aussi une question de sécurité essentielle. Or, la grande particularité de Bourneuf est de pouvoir fournir une prestation haut de gamme esthétique (en travaillant en collaboration avec les architectes et décorateurs), acoustique (spécifique à chaque espace), AEV et thermique, tout en répondant aux exigences du pare-flamme. Pour ce faire, Bourneuf a développé ses propres procès-verbaux.

Double menuiserie dans un même caisson
Concernant la façade sur la place de la Concorde, Pascal Joubert, directeur général de Bourneuf, précise : « Les menuiseries ont simplement été restaurées, et une seule d’entre elles a été refaite à neuf. »
Pour l’ensemble des autres baies, les contraintes de confort acoustique étaient très fortes, avec une atténuation acoustique demandée de 50 dB pour la plupart des chambres. Loïc Baudry, du bureau d’études de Bourneuf, indique : « Une telle exigence n’est pas réalisable avec une seule menuiserie : nous avons donc dû concevoir une double-fenêtre dans un même caisson : deux menuiseries sont placées ensemble dans la même baie. Comme il s’agit de menuiseries à mouton et gueule-de-loup, elles sont dotées d’un système de dépressurisation, pour que les deux fenêtres puissent s’ouvrir facilement. La menuiserie extérieure est dotée d’ouvrants de 78 mm, avec un affaiblissement acoustique de 43 dB. Côté intérieur, la menuiserie, à ouvrants de 68 mm, présente un affaiblissement de 37 dB. » Il précise : « Une fois installées, la performance de ces menuiseries a été mesurée sur place, et s’est avérée être de 56 dB, bien meilleure que prévu. »
Pour permettre l’ouverture de ces fenêtres à ouvrants à la française, la menuiserie intérieure, à simple vitrage de 16 mm (feuilleté acoustique 88.2) est légèrement plus grande que la menuiserie extérieure, qui vient s’ouvrir à l’intérieur des ouvrants de la baie intérieure. La menuiserie extérieure est dotée d’un double vitrage acoustique avec, côté extérieur, un feuilleté 44.2 de contrôle solaire, et sur la face intérieure, un deuxième feuilleté 66.2.
Aux deux derniers niveaux (6e et 7e étages), les chambres sont en retrait par rapport à la rue et ont moins besoin d’isolation acoustique. Elles sont donc équipées d’une seule fenêtre de 78 mm, apportant une isolation acoustique de 43 dB grâce à son double vitrage 88.2 et 44.2.
Pour le confort des clients, ces vitrages sont tous constitués de verres extra-clairs d’AGC qui apportent une luminosité maximale. Leur performance d’isolation acoustique est excellente : le coefficient d’isolation de la fenêtre extérieure seule est : Uw de 1,5 W/m2.K.
Les fenêtres à caisson pour les chambres ont une taille moyenne de 2,5 m x 1,3 m. Sur le reste des façades, les fenêtres les plus petites présentent des cotes de 1,50 m x 1,80 m, et les plus grandes de 4 m x 1,80 m.
Pour ce chantier, le groupe est donc intervenu en fabrication, fourniture, et pose, de février 2014 jusqu’en 2016, ce qui représente environ 5 000 heures de travail en atelier, et 3 000 heures de pose.

Des portes intérieures coupe-feu très techniques
Fort de cette première prestation, Lorillard s’est ensuite vu confier, début 2017, un second projet non initialement prévu dans le contrat de base. Ce projet s’est avéré plus ambitieux encore, en termes de technicité : il s’agissait de portes intérieures coupe-feu, à forte valeur ajoutée.
Concernant la haute technicité, ces portes de dimensions très importantes sont des menuiseries de degré coupe-feu 1/2 heure (EI 30), d’un affaiblissement acoustique de 37 dB. Concernant l’esthétique, les portes comportent des moulures et des sculptures ainsi qu’un double vitrage pare flamme EI 30 monté en triple avec gravure et sérigraphie or. Ces portes sont également finies en vernis acajou foncé. Ainsi le groupe a procédé à la livraison de sept portes intérieures haut de gamme, à deux vantaux, alliant esthétique et technique.