Après la Libération... s’ouvre une période faste, il y avait beaucoup à reconstruire, et il y eut également le baby-boom et ses besoins colossaux en logements. Le souci primordial des chefs d’entreprise était de trouver de la matière première et des ouvriers pour faire tourner leurs machines.
L’architecte n’avait qu’une seule question : Quand pouvez-vous me livrer mes volets ? Le prix n’avait pas d’importance, il fallait livrer pour ne pas bloquer l’avancement des chantiers.
Je me souviens de mon père qui, pour le compte de Lutringer, traversait la France aux routes défoncées de l’après-guerre pour assurer des réunions de chantiers et mesurer des milliers de volets roulants : Il fallait reconstruire à marche forcée Dunkerque, Le Havre, Royan, Toulon etc.
Belfort est le coin de France le plus éloigné de la mer. Je l’ai découvert à l’âge de huit ans à Caudebec-en-Caux : mon père, tout fier de sa nouvelle 403, nous avait emmenés, ma sœur et moi, à l’occasion d’un rendez-vous de chantier en Normandie. Les vagues m’avaient bien plus marqué que les immeubles tous identiques de la reconstruction du Havre.
À force de voyages à Lyon, mon oncle Jean Donas, avec son coupé Mercédès 190 avait obtenu le marché des fermetures de dizaines de tours HLM à Rillieux- la- Pape, toujours visibles depuis le centre de Lyon, au bord du plateau, juste avant que la nationale 83 ne descende vers le quartier de Saint-Clair par un tracé calqué sur l’antique voie romaine.
Les poseurs (Pierre Barbier, Michel Loyez, Marcel Tournoux, tous de la famille !) s’installaient des semaines sur ces chantiers interminables. Il fallait monter à dos d’homme les volets un par un jusqu’au quinzième étage.

Les grands noms de la fermeture des années 50

Quelques exemples illustrent cette période révolue :
Les trois frères Loubat, André, Gérard et Daniel s’installent en 1952 à Villeneuve sur Lot.
Henri Peyrichou s’installe en 1946 à Anglet dans un décor de pinède et de plage. A Miramont de Guyenne, en 1947, ce sont Carretier et Robin qui s’associent, suivis en 1956 par leurs voisins Rosa, de Montaigu de Quercy. Ils sont aujourd’hui associés sous le nom de C2R.

Première exposition des fermetures l’Idéale (C2R) au salon Batimat à Paris, du 18 au 28 avril 1963.

En Bretagne, René LeNouy se lance à Briec en 1956.
A Vendôme, Loir et Cher, FMB rivalisera longtemps avec Mischler.
Il en reste, entre autres une des marques les plus connues du grand public : “Vendôme”.

Un catalogue Vendôme dans les années soixante.

Vittorio Pieraccini à Marseille-Saint Antoine en 1945 (devenue Fermeco), suivi de Roger, Victor et aujourd’hui Martin et Antoine, quatrième génération !

L’usine Pieraccini (devenue Fermeco) à Marseille-Saint Antoine en 1945.

En Lorraine ce sont deux familles : les Neu fondent Fermoba à Petit Rédersching en 1957, et les Bettenfeld à Remeling qui vont produire des portes basculantes de très grande taille.
Encore aujourd’hui, Bettenfeld est le spécialiste des basculantes industrielles.
N’oublions pas en passant par Besançon, la création en 1920 de Mantion, qui produit de longue date des ferrures de portes coulissantes, basculantes et sectionnelles.
Ou celle de Safi dans le Jura à Fraisans où un ancien cadre de Mischler, Monasson développe une production de persiennes métalliques sur le site des Forges : une forge remontant au XIVe siècle qui disposait au début du vingtième d’un haut-fourneau au coke, d’un convertisseur Bessemer et d’un four Martin.
En 1900, les Forges de Franche-Comté employaient 4 000 ouvriers dans onze établissements.
Non loin de là, à Arc-lès-Gray, Simu démarre comme sous-traitant de Mischler : une note manuscrite de Roger Mischler d’octobre 1951 donne les directives à Fernand Renaudin pour installer les presses venues des usines de Fretigney et Fresnes-Saint-Mamès dans les locaux vides de la gare de Gray. En 1957, pour Simu, ce sera le début de l’usine actuelle de la zone industrielle des Giranaux.
On part pour le sud-ouest : La Toulousaine démarre, toute petite entreprise artisanale en 1956. En 1975 arrive le neveu, Serge Rohaut. Sa passion est l’informatique et il est le tout premier à en saisir l’intérêt. Les devis faits dans la journée quand ses concurrents ont besoin d’une semaine pour mettre à la poste leur proposition. Et la production des grilles et rideaux est réalisée dans des temps record de l’ordre de 48 heures... FTFM est née et ira loin.
En ayant intégré Profalux, à Cluses, spécialiste du volet roulant depuis 1990, après avoir été celui du décolletage et des cylindres de serrures.
Et plus récemment Eveno de Lorient qui existait depuis 1973.
Serge Rohaut a su se retirer au bon moment, fortune faite, et voguer vers d’autres horizons que le nôtre.
A Joigny il y a depuis 1933 une usine qui produit des pots d’échappement et autres articles pour l’automobile à base de tubes : Tubauto.
À partir de 1965, en liaison avec Sopreca-Mischler, Tubauto produit en grandes séries des portes basculantes équilibrées par des ressorts de compression. Plus de 40 000 portes seront produites chaque année et pendant 25 années. L’usine fermera en 1991.

Les terres du nord-est

En 1962 Richard Bubendorff assemble des volets roulants de manière artisanale à Saint Louis, adossé à la frontière suisse de Bâle, à base de composants Zurflüh-Feller, chez qui il vient charger lui-même sa camionnette en venant saluer Samuel Feller. En trente ans, épaulé par le banquier Zeller, il devient l’industriel incontesté du volet roulant.
Il prend le contrôle de son voisin du Bas-Rhin, Weber qui a évolué du volet roulant bois vers la porte basculante à contrepoids. Une tradition alsacienne qu’on retrouve chez Trendel à Haguenau, chez Kovacic et Simon à Strasbourg, chez Grossheitz à Mulhouse, Breba à Obernai.
Mais c’est Albert Moos qui met tout le monde d’accord avec ses portes basculantes qui abandonnent les contrepoids pour un système à compas et ressorts de traction. Installé à côté de Guebwiller dès 1966 et encore aujourd’hui aux manettes, il a su prendre une place importante sur le marché. En ne misant que sur la basculante. Je veux saluer ici sa belle constance et sa réussite.
Quelque part entre Vesoul et Gray, C’est Michel Javey, fort de son expérience dans la porte industrielle qui fonde en 1986 sa société de production de portes sectionnelles et de rideaux métalliques. Aujourd’hui Marie France et Raphaël sont aux commandes d’un des deux seuls producteurs français de panneaux de portes sectionnelles injectés de mousse polyuréthane. Et en largeurs sur-mesure !

En Allemagne de l’Ouest

Extrait d’un catalogue du fabricant allemand aujourd'hui disparu Fiand-Favorit en 1986.

Ils sont nombreux, outre Rhin, à avoir produit des portes basculantes sur des petites chaînes :
Elsing, Favorit, Fiand, Graf qui ont intégré la sphère Novoferm-VtW. Je n’y ai hélas pas connu grand monde, si ce n’est mon ami Peter Holtz de Neuwied. Et E. Müller, patron de Mügo qui avait su préserver son indépendance. Thomas Hörmann l’a amené à fermer, au soir de sa vie quand il lui a présenté la note pour avoir empiété sur son brevet de panneaux de sectionnelles anti-pince doigts.
D’autres, partout en Europe, ont dû casser leur tirelire : fort de son brevet, Hörmann a laissé les industriels petits ou gros, pendant une bonne dizaine d’années, produire des panneaux dont le profil ressemblait au sien. La bourse ou la vie ! J’en parle en connaissance de cause.
Il faut mentionner le fondateur de Normstahl, un certain Döring, grand seigneur européen de la porte de garage, qui a développé une double activité : des basculantes proches des autres Allemands dans son usine bavaroise de Moosburg et des basculantes beaucoup plus élaborées, destinées aux marchés suisse, autrichien et d’Allemagne du Sud, produites à Sankt Marghreten vers Saint Gall en Suisse. Des modèles proches de ceux de Pfüllendorf, resté fidèle au bois.
Ce grand ancêtre avait vendu sa licence à un belge du côté de Courtrai dont j’ai oublié le nom, à un espagnol de Valence, Costa dont la ligne de production se trouve aujourd’hui chez Maguisa. À un portugais également sans que j’en sois certain, et à un fabricant de fermetures de Cholet, Perier (ancêtre de Péralu, CAIB et K•Line).
La famille Perier, d’origine parisienne, s’installe à Cholet en 1960, et produit des volets et des portes de garage en bois.
Et à la fin des années soixante, elle en confie la production à une société de tôlerie de Machecoul, Julien et Redois dont je vous reparlerai plus tard.

En Italie

La liste est longue des producteurs de portes basculantes, du nord au sud de l’Italie, sur un standard local défini par Pastore à Turin, Nones à Trento et beaucoup d’autres : Greppi, installé dès le début du siècle sur le bord du lac de Côme à Lecco. Aujourd’hui, toujours sous la conduite de la famille Giambattista, ce constructeur a pris le nom de Officine Lario. À traduire en français « Ateliers du lac de Côme ».
Il faudra attendre 1970 pour voir les frères Ballan se lancer à leur tour à Villa del Conte, non loin de Vérone.
En poursuivant notre route vers Trévise, on pense à Emilio De Nardi dont la métallerie fondée en 1968 aborde la porte de garage basculante en 1973.
Il y a aussi Manigrassi à Savigliano qui produit une porte basculante dite “à l’italienne”. Comme beaucoup d’autres constructeurs italiens, il a adopté les composants de Maurizzi et Cavicchi, que je vois un peu comme le Deprat de la porte de garage, avec une gamme de composants qui ont fait école et un standard.
Une mention spéciale pour Silvio Taddei qui fonda Silvelox en 1966, qui produit des portes basculantes à base de squelettes en bois qui quadrillent le tablier.
C’est dans le Haut Adige à Bolzano puis Merano qu’il faut mentionner deux industriels, Hunglinger et Wengle, qui vont développer des basculantes sous la marque Euronorm, dont le très original modèle CT, ultra-compact.
Après des tribulations en cinq ou six chapitres à fin douloureuse, la ligne de production de ce modèle toujours pertinent a quitté Rovereto et vient de renaître chez Axone-Spadone à Delle.
La sectionnelle a mis le temps à percer en Italie. D’abord avec les importations de Hörmann et Novoferm-Domoferm. Puis avec des producteurs comme Breda, Pastore, Goitalia, Seip, Metecno...

Un prospectus d’Euronorm (Italie) dans les années 80.

En Autriche

On se souviendra des portes Atlas, variante germanique des productions anglaises nées de la reconversion des usines soudainement privées de productions pour l’effort de guerre.

En Angleterre

Outre Manche, ce sont Henderson, Garador-Westland à Yeovil, et Cardale à Luton.
Percy C Henderson dispose dès 1928 de filiales en Afrique du Sud et Nouvelle Zélande, mais son usine de Durham connaît son apogée en 1969, avec une part du marché britannique de plus de 50 %. Cette production cesse en 2008 et Henderson passe aux mains de Flexiforce en 2014.
Chez Westland c’est le domaine des productions militaires. En 1950, à base d’une licence canadienne, Westland lance la production des portes basculantes Garador qui prend de l’ampleur en 1958 dans l’usine de Yeovil.

En Suisse

Mentionnons Webi, dont la ferrure de porte basculante est une reproduction de celle du californien Holmes : une basculante débordante et sans rails de guidage. Mais le plus original c’est Viglino, en Romandie, qui se lance dans la porte de garage en 1966.
L’entreprise a été fondée par un Piémontais, Giovanni Viglino, en 1850 qui a produit pendant plus d’un siècle, avant d’aborder la porte de garage... des clarines, des cloches pour les vaches suisses. Bien avant qu’elles ne soient peintes en bleu Milka ! « Que ceux que j’aurai oubliés dans ce tour d’horizon de mes rencontres après quelques dizaines d’années dans la profession me pardonnent. Ou mieux, m’écrivent en vue d’une mise à jour. Et pour ceux qui jouissent d’une heureuse retraite, et ceux dont les cendres ont été dispersées loin de leurs usines chéries, je ne doute pas que des proches ou des descendants sauront compléter mes souvenirs », précise Jean-Pierre Spadone.

Fin du second épisode - à suivre dans notre prochain numéro Verre & Protections n°110
(Sources : recherches et travaux personnels de Jean-Pierre Spadone, directeur commercial de Axone Spadone)