L’actualité du groupe Lorillard est riche en ce début d’année. Alors que le groupe chartrain a pour prévision une croissance déjà forte en ce début d’année, il s’apprête à mener une importante campagne d’investissements et de recrutements pour l’ensemble de ses sites français.
L’occasion de faire un tour d’horizon avec Thierry Luce, président de Lorillard, au cours d’un entretien qu’il nous a accordé dans nos locaux.

Comment se porte, en début d’année, le groupe que vous présidez depuis trois ans ?

« On peut qualifier notre conjoncture de très positive. L’activité chantiers est en hausse de +12 % par rapport à 2018 à Paris, en région parisienne et en région bordelaise. Notre carnet de commandes de production de menuiseries annonce, quant à lui, une hausse de +20 % marquée par une forte demande sur les matériaux bois et aluminium. Je vous rappelle que 85 % de notre chiffre d'affaires se réalise en rénovation avec notamment le PVC qui a représenté 62 % de notre volume d'activité en 2018 ».

Cette croissance va donc vous amener à embaucher et à investir dans votre outil de production ?

« Nous lançons effectivement une grande campagne de recrutement. Près de vingt postes sont à pourvoir immédiatement sur plusieurs de nos sites en France : Chartres (Eure-et-Loir), Saint-Doulchard (Cher), Pralong (Loire), Decazeville (Aveyron), Paris et Île-de-France, Parigné-l'Évêque (Sarthe) ».

Dans des fonctions ou des activités particulières ?

« Nous sommes plutôt à la recherche de conducteurs de travaux, chefs de chantier, de menuisiers-poseurs, technico-commerciaux, chargés d’affaires, techniciens de maintenance, aussi bien pour notre site de Chartres que pour nos autres sites en France. « Nous recherchons également des ingénieurs confirmés pour renforcer notre département “recherche & développement”, ainsi que de futurs jeunes ingénieurs à qui nous proposerons des contrats de qualification ».

Ce besoin de main-d’œuvre est aujourd’hui commun à bon nombre d’entreprises du secteur. Leurs difficultés à trouver une main-d’œuvre qualifiée et surtout à la conserver leur sont aussi communes. Comment motivez-vous vos salariés et quelle image de Lorillard souhaitez vous envoyer aux futures recrues ?

« La politique de Lorillard a toujours été de protéger ses salariés. Je vous donne un exemple récent : nos collaborateurs ont bénéficié de la prime Macron avant les fêtes de fin d’année. L’amélioration des résultats financiers du groupe permettait de distribuer un montant d’intéressement et de participation plus important d’environ 25 % de plus qu’en 2018. Notre équipe de direction a donc fait bénéficier, à nos collaborateurs, du dispositif de prime défiscalisée parce qu’ils le méritaient. Cette prime exceptionnelle a ainsi pu être distribuée à tous les ouvriers, employés, Etam, et aux salariés intérimaires présents une partie de l’année, afin de les remercier pour le travail accompli en 2018. Nous travaillons aussi sur un certain nombre d’investissements ».

En ce qui concerne vos investissements, sur quoi vont-ils porter ?

« Nos investissements sont directement liés à votre question précédente. Nous allons débloquer quatre millions d’euros en 2019 afin de moderniser les outils de production bois et aluminium de notre site de Chartres. Nous allons effectivement procéder à une automatisation et une robotisation du travail et en même temps responsabiliser nos salariés à de nouvelles tâches, tout en répondant à une exigence en volume de production supérieure, reflet de la croissance. J’ajouterais que notre ambition est de continuer de prendre des parts de marché avec le matériau aluminium car nous connaissons un fort développement de la menuiserie aluminium +15 % en 2018 alors que la croissance annuelle de l’alu est de l’ordre de 11 %. Quand je suis arrivé chez Lorillard, on fabriquait, en frappe et en coulissant, à peu près une centaine de menuiseries par jour. Aujourd'hui, on en fabrique plutôt 150 et l'objectif, c'est de doubler cette production ».

Pouvez-vous détailler vos investissements ?

« Après avoir investi dans l’atelier bois en 2018, c’est notre atelier aluminium qui va bénéficier de gros investissements au cours du second semestre de cette année avec, notamment, la mise en place d’une ligne de production automatisée spécifique pour le groupe. Nous avons, choisi, comme partenaire, la société BDM. Elle nous assure une fabrication 100 % française, un critère essentiel pour nous qui fabriquons 100 % de nos 220 000 menuiseries bois, PVC, alu, en France. De plus, BDM présente l’avantage d’être situé en région Centre Val de Loire (Loiret), ce qui facilitera le suivi et la maintenance de ces nouveaux outils ».

Revenons à votre présidence. Il y a un an que vous présidez le groupe. Quel bilan tirez-vous de ces douze premiers mois ?

« Cela fait effectivement un an aujourd'hui que j'ai pris la présidence du groupe, après trois ans d'ancienneté chez Lorillard. J'ai appris à découvrir cette entreprise au fil du temps, une entreprise qui a, à mes yeux, beaucoup de valeurs et de savoir faire. Je pense que nous ne les avons, par le passé, pas assez mis dans la lumière. La première année, en tant que président du groupe, a coïncidé avec le fait que 2018 soit une “année charnière” dans l’histoire de Lorillard, une sorte de palier après avoir fait beaucoup de croissance en peu de temps. Il fallait structurer et organiser, avant d'éventuellement vouloir continuer à se développer, vouloir éventuellement répondre à de la croissance externe. Autre constat, j’ai trouvé que nous ne communiquions pas assez en dehors de notre réseau Lorénove. Nous avons, en effet, d'autres marques. Je pense notamment à Lorébat, qui est trop peu connue auprès du réseau B to B alors que c'est une marque qui génère un chiffre d'affaires important pour le groupe. Aujourd’hui, lorsque l’on parle de Lorillard, on pense "industrie", "industriel" alors que notre vrai métier, c'est “entrepreneur”. Nous faisons effectivement plus de chiffre d'affaires en fourniture et pose qu'en distribution ! ».

Quelle est pour vous l’activité de Lorillard, qui, à ce sujet, n’est pas assez connue ?

« Le bois, en particulier. Nous sommes, je peux l’affirmer, numéro un en France en menuiseries bois aujourd'hui, pas en volume (Lapeyre ndlr) mais en largeur et en profondeur de gamme. Et nous traitons de magnifiques chantiers dont nous sommes très fiers comme, pour vous donner un exemple, la rénovation future de la gare d'Austerlitz à Paris, avec ses fameuses anses en bois qui font 7,50 m de hauteur, avec deux impostes. Peu d’industriels de la menuiserie bois peuvent réaliser ce genre de produits aujourd’hui en France. On pourrait ajouter à la liste d’autres chantiers dans la capitale que nous avons fournis en fenêtres bois comme les hôtels Ritz et Crillon (lire Verre & Protections n°100, page 130) ou le Musée du Louvre. Communiquer autour de ces chantiers emblématiques pourrait, j’en suis certain, interpeller des maîtres d'ouvrage ou des maîtres d'œuvre qui ne savent pas forcément que Lorillard et Bourneuf (société du groupe) possèdent ce savoir-faire et ces compétences ».

Dernière question. Vous évoquez le bois : cette activité bois est arrivée par croissance externe lors de la reprise de Molenat en 2015 et de Bourneuf en 2016. Le développement de vos produits et le maintien de vos positions dominantes ne passe-t-il pas par une croissance externe obligée ?

« Oui et nous sommes d’ailleurs en permanence à l’écoute. C’est pour ces raisons que nous nous étions intéressés de près à la reprise du groupe Grégoire. Nous sommes d’autant plus en veille que notre groupe s'est fortement désendetté suite à nos différents LBO. De plus, comme je vous l’indiquais précédemment, Lorillard a réalisé une belle année 2018, après avoir amélioré notamment la performance de l'entreprise. Cela nous rend prêts si une opportunité de croissance externe se présentait. On souhaite conforter notre place de leader en bois ainsi que notre place de numéro un sur le marché de la réhabilitation en collectif. Ça passe aussi par des plans industriels et par des développements de nos réseaux commerciaux. Je considère en effet que pour notre réseau Lorénove, 70 points de vente, ce n'est pas suffisant. Il nous en faudrait au moins 120 pour avoir un maillage complet de la France. En clair, il y a 50 villes en France supérieures à 100 000 habitants, il faut au moins que nous ayons un point de vente dans ces villes-là. On est très présent sur Paris et la région parisienne ainsi que dans les grandes métropoles : Lyon, Bordeaux, Toulouse, Lille, mais pas assez dans les villes de moyenne importance, et c’est un axe de travail pour nous ».

Propos recueillis par Frédéric Taddeï