Vous avez investi près d’un million d’euros dans une machine BMB 923 absolument unique en France mais vous abordez aussi le développement de Couval sous de multiples angles. Pourquoi avoir organisé ces journées portes ouvertes ?
Hans-Werner Hilzinger : « Nous en sommes à un moment clef de notre développement dans notre filiale Couval et dans le groupe Hilzinger. L’investissement dans cette nouvelle machine marque un épisode important de la vie de l’entreprise qui sera suivi du renouvellement de la chaudière dont la capacité est sous-dimensionnée par rapport aux besoins croissants des process de fabrication liés à l’augmentation de la production. Nous avons aussi le projet de réaliser une extension de 2000 m2 de notre bâtiment pour agrandir le showroom et réorganiser les flux industriels. On a donc profité de cette conjoncture pour faire un point de communication avec la presse et nos clients professionnels pour leur montrer comment ça avance chez nous. Nous souhaitions également mobiliser le soutien de la commune au sujet de problématiques foncières cruciales pour notre développement. Et nous voulions aussi nous adresser au grand public : nos portes ouvertes accueilleront demain les gens qui travaillent chez nous et ceux qui vivent dans la vallée. Depuis la reprise en 2009, nous n’avons pas vraiment fait d’événement. Or la communication et les relations publiques d’une entreprise sont essentielles pour son développement. Pour toutes ces raisons, on a pensé que le moment était bien choisi, même si ça perturbe un peu le rythme de travail dans l’atelier et que ça mobilise notre personnel dans la préparation. Mais c’est bien aussi pour nos équipes d’ouvrir les portes, de faire venir les gens. Nous sommes un groupe qui a envie de se développer et qui va continuer à se développer et je pense que si vous êtes dans cet état d’es- prit, vous avez intérêt à communiquer un peu ».

Comment fonctionne votre communication justement ?
« Notre service communication est plus axé sur les produits, la PLV et le marketing opérationnel que sur les relations publiques. En partie pour des raisons économiques mais aussi parce que c’est nécessaire au développement interne des produits qui évoluent rapidement, beaucoup plus qu’il y a quelques années. Tout doit être verrouillé et intégré dans le système informatique. C’est essentiel, on ne peut plus sortir un produit sans avoir tout intégré informatiquement. Il y a beaucoup de travail en amont mais nous avons des gens très compétents, une équipe jeune en grande partie et j’essaie de trouver plus de jeunes encore, d’attirer des jeunes à fort potentiel. C’est important. Les entreprises de notre taille sont intéressantes pour les jeunes ; dans notre bureau d’étude, on n’est pas un numéro lambda, on est au centre de l’activité et de la vie de l’entreprise. C’est un message que j’essaie de faire passer parce que le recrutement, c’est un souci ».

C’est une vraie problématique pour toute la filière...
« Oui ça n’est pas évident de chercher des hauts potentiels. On en a besoin pour le futur, dans l’encadrement mais aussi au niveau intermédiaire. Ces deux niveaux sont importants pour avoir un bon recrutement et c’est un vrai casse-tête. Les jeunes bac+5 aujourd’hui se tournent plutôt vers les grandes usines, les grands groupes internationaux. Mais nous avons chez Couval, plusieurs personnes qui viennent de l’ENSTIB (École nationale supérieure des technologies et des industries du bois). Jérôme Robinet notre directeur général délégué y a suivi une formation d’ingénieur et nous avons aussi plusieurs personnes au niveau licence qui sont très compétentes ».

Jérôme Robinet nous a fait une visite de l’usine aussi passionnée que passionnante d’ailleurs ! Avez-vous invité des jeunes à vos portes ouvertes ? C’est un peu l’occasion de faire connaître vos métiers, votre entreprise, d’avoir des pistes de recrutement pour l’avenir ?
« Absolument et hier par exemple, dans une autre région, à Dinan (22), nous avons participé à une manifestation du Club des entreprises du pays de Rance (CEPR) dont je suis membre, qui organisait la 3e édition de Revel’s Stage pour attirer les jeunes et leur proposer éventuellement une formation en alternance. Près de cinquante entreprises étaient présentes pour 250 offres de stages ; c’est un bon moyen de repérer les jeunes talents. Dans les collèges, faire connaître les métiers industriels c’est une occupation mais sans plus. Nous avons la même problématique en Allemagne mais elle est plus prononcée encore en France ; le travail manuel n’est pas valorisé. Or du point de vue du marché, nous sommes actuellement dans une situation très particulière, historiquement depuis la chute du mur et tous les changements qui ont suivi à l’Est. Les Polonais sont capables aujourd’hui de fournir une fenêtre à un prix très faible parce que le prix de revient est très bas, les salaires et les charges qu’ils payent sont très bas, leur fiscalité est différente... Je suis un européen convaincu car quand on est né comme moi en 1946 en Allemagne, on ne peut qu’être européen, il faut être européen ! Et je le suis ardemment... Mais je trouve la démarche du nouveau président intéressante dans sa volonté de contrôler un peu plus les travailleurs détachés et de faire respecter un certain niveau de salaire, autrement ça falsifie complètement les règles ».

De ce point de vue, on n’est pas sur un marché homogène effectivement...
« Et ça va encore durer quelques années et ça nous perturbe économiquement. C’est un grand défi, un casse-tête parce qu’on ne peut pas travailler. Par contre j’ai eu une discussion hier avec des collègues qui m’ont quand même dit : “Monsieur Hilzinger, les clients se renseignent régulièrement pour savoir où vous fabriquez, si vous fabriquez en France”. »

Les ateliers de la menuiserie Couval.

Justement, vous n’avez pas demandé le label Origine France Garantie ? Vous pourriez l’obtenir sans problème...
« J’en ai entendu parler au sein de l’UFME où ça a été présenté. Nous allons peut-être y réfléchir avec nos commerciaux ».

Du point de vue de vos nouveaux projets d’investissement vous avez un planning prévisionnel ?
« Notre nouvelle chaudière doit être installée à la rentrée de l’année prochaine. Nous avons déjà la machine et pour ce qui est de l’extension du bâtiment j’ai démarré la période de pré-étude avant les vacances et j’espère qu’on obtiendra un permis de construire dans le premier semestre 2018. Ça dépend aussi de la vitesse à laquelle on avancera dans la conception du bâtiment. Je suis tenté par une solution clé-en-main ; le budget est défini, la livraison est définie, ce sont deux points importants sur lesquels cette solution apporte des garanties. Par contre une fois signée, si vous changez quelque chose vous êtes perdu et vous payez très cher ! Donc il nous faut bien réfléchir et roder le projet en amont. Je travaille avec Émilie là dessus. Elle est attachée à la direction de production pour la partie méthode informatique et pilotage de machines ; c’est une ingénieur de l’ENSTIB elle aussi. Une personne formidable, très intelligente et très motivée, qui me parle de son travail, qui partage, qui a beaucoup d’idées ; c’est un plaisir de travailler avec elle ».

Pour revenir à l’acquisition de votre Homag BMB 923, le projet s’est élaboré très en amont et a été fait sur-mesure pour Couval. Le fait que vous ayez déjà travaillé avec ce fabricant a-t-il été déterminant ?
« Nous avons quatre défonceuses à commande numérique de ce fournisseur mais on était ouverts à un autre fournisseur fabricant de machines pour le bois, allemand lui aussi, ce sont les deux leaders du marché. Il y a aussi des entreprises françaises et italiennes. Nous avons fait le choix de rester avec Homag parce c’est le produit qu’il nous proposait qui nous convenait le mieux. Ils ont fait des efforts aussi pour nous garder comme clients et ils se sont énormément développés techniquement. Aujourd’hui, le carrelet est alimenté automatiquement sur le tapis et ressort automatiquement. C’est la machine qui va chercher les pièces et les travaille alors que sur les autres défonceuses c’était l’inverse : la machine bougeait et il fallait immobiliser les pièces. Sur cette nouvelle machine, on gagne en efficacité et en temps, on peut augmenter la production. Et c'est très important pour l’équipe qu’il y ait des objectifs dans l’entreprise, que ça avance. C’est essentiel pour fidéliser les gens et les clients et on est obligés aussi d’avoir une certaine taille dans les achats. Le fait que nous fassions partie d’un groupe qui réalise 180 millions d’euros de chiffre d’affaires ça nous a permis d’améliorer très sensiblement le prix d’achat chez Couval. En vitrage j’ai gagné 30 000 euros dès la première année, juste pour le vitrage ! On a gagné aussi sur la quincaillerie qui était un poste énorme. Il y a quand même une question d’échelle dans les achats ; mêmes les grands constructeurs automobiles font encore des fusions pour être plus grands ».

Vous avez besoin de moins de personnel grâce à cette machine ?
« Nous avons déjà embauché pour avoir deux équipes de deux personnes pour chaque machine soit quatre personnes pour cette nouvelle machine et nous avons vraiment une polyvalence aujourd’hui ; ça fait plaisir aux gens d’être polyvalent et on a pas mal fait évoluer les gens dans l’atelier c’est très important ».

Vous les formez en interne ?
« Oui. Richard, qui va être notre prochain responsable de production, est technicien méthode et travaille avec Émilie. Il a bien préparé le projet de pilotage et si vous avez des gens qui ont envie d’apprendre et d’avancer dans une entreprise, vous avez le vent en poupe. C’est essentiel. Après on peut les former en interne, en externe et on peut faire monter des gens en compétences et en fonction au sein de l’entreprise. Richard par exemple a donné des travaux de DAO qu’il a réalisés dans son bureau, pour piloter des machines qui font les arrondis. Le fichier a été envoyé à la défonceuse numérique et aujourd’hui c’est l’opérateur de cette défonceuse numérique qui fait ça lui-même en temps masqué. Il est heureux, nous sommes heureux parce qu’on a promu quelqu’un de l’atelier qui a des compétences et qui réalise aujourd’hui quelque chose qui se faisait auparavant dans le bureau d’études. S’il y a de telles opportunités de progression dans une entreprise, il faut les saisir ».

L’atelier de finition est impressionnant. Aussi bien en termes d’espace que dans la complexité et le temps nécessaire à les réaliser. Au niveau des finitions vous allez devoir développer aussi ?
« Oui ça prend beaucoup d’espace et je pense que ça, c’est le goulot d’étranglement. On est en train de réfléchir sur un robot à terme. Presque tous les confrères, de ce que j’en ai vu, ne sont pas préparés à cette exigence croissante de bi-coloration sur un grand nombre de produits. Ça alourdit la production et ça augmente les coûts bien sûr. Je pense que cette partie qu’on a achetée depuis que nous sommes arrivés, on va la déplacer vers l’autre côté. Ensuite on va tout raser et réorganiser. On va probablement aussi s’équiper d’un robot ».

Oui car si vous augmentez de 50 % la production en deux ans, ça va être difficile de suivre en finitions !
« Oui, on va être obligés de s’équiper... ».

Donc un investissement en entraîne un autre ?
«Oui c’est ça!»(rires)