Depuis le 17 novembre 2018, le samedi est devenu le jour de la semaine où se déroulent d’importantes dégradations de commerces, de banques et d’immeubles d’habitation à Paris. Les vitrines sont bien sûr devenues la cible préférée des casseurs : ça fait du bruit quand on casse, avec du verre feuilleté on ne risque pas de se blesser et en plus on peut récupérer des objets de valeur.
Nous avons enquêté pour connaître l’impact de ces dégradations sur l’activité des principaux miroitiers parisiens et de la région Île-de-France. Le sujet est délicat et de nombreux miroitiers ne le trouvent pas très glorieux.

Un regain d’activité fugace qui s’est rapidement calmé

Lors des premières semaines, l’ensemble des miroitiers a connu une augmentation de chiffre d’affaires variant de 5 à 20 % environ.
Par contre la répétition des casses est devenue telle, aux alentours de la troisième semaine, que certains assureurs ont commencé à se désengager, faisant état d’une situation d’émeute. Dans le cas où l’assureur n’est pas d’accord, les chantiers se limitent alors à la pose de protections provisoires, généralement en contreplaqué, les commerçants ne désirant pas remplacer les vitrines pour les voir à nouveau détruites le samedi suivant. Les miroitiers se retrouvent alors dans une situation d’attente jusqu’au retour au calme sans avoir aucune idée de sa date probable.
Par ailleurs, les services techniques de la mairie de Paris ont fait le tour des commerces dégradés pour effectuer un état des lieux et évaluer le montant des remises en état. Ils ont ensuite apparemment lancé des appels d’offres très ouverts ayant contribué à favoriser les prix les plus bas.

La concurrence surgit

Très rapidement, la majorité des acteurs de la baie, métalliers, serruriers et bien sûr entreprises de pose de fermetures provisoires sont intervenus sur ce sujet, en s’ajoutant aux miroitiers, attirés par le potentiel de masse financière des travaux qui, souvent, ne se limitent pas à du remplacement de casse traditionnel. En effet les dégradations impliquent généralement les encadrements de vitrine et parfois des éléments structurels comme des raidisseurs de maintien de façades importants, ou des verres engravés dans du marbre. La profusion des acteurs a été telle que les tarifs de dépannage ont chuté et que les tarifs couramment appliqués sur la région parisienne n’ont plus du tout été appliqués.

La désorganisation des entreprises

Cette activité nouvelle a complètement désorganisé certaines entreprises car elle s’est ajoutée soudainement à l’ensemble des travaux déjà programmés sur les chantiers en cours. De plus elle demande des équipes disponibles en dehors des heures habituelles d’intervention puisque bien souvent il s’agit de venir poser des protections provisoires la nuit du vendredi et d’aller les déposer dans la nuit du dimanche au lundi pour que le commerce puisse ouvrir normalement.
Du côté des approvisionnements, les négociants en verre ont été dévalisés en vitrage feuilleté et il leur a fallu un certain temps pour remonter leurs stocks. Les entreprises ayant des ateliers capables de découper ou de feuilleter le verre ont été favorisées car elles dépendaient moins de fournisseurs extérieurs. Certaines ont fait venir des stocks dès les premiers jours de décembre pour répondre à cette demande.

Au final : un bilan mitigé

Sur le plan économique, le bilan est positif par un regain d’activité, surtout en cette période de début d’année généralement plus calme.
Sur le plan technique par contre il est très perturbateur par la nécessaire adaptation des équipes à une activité de dépannage en urgence. Les miroitiers ont dû souvent se transformer en poseurs de protections provisoires en bois.
Sur le plan commercial, il a demandé aux entreprises beaucoup de persuasion pour faire comprendre à leurs clients habituels qu’elles abandonnaient provisoirement les chantiers afin d’intervenir en urgence pour protéger les magasins de luxe ou les banques.