Aujourd’hui, lorsque l’on parle avec les dirigeants d’entreprises, et plus particulièrement ceux de la menuiserie, le sujet de conversation devenu récurent est sans conteste celui des difficultés à embaucher. Vu et entendu : « je sponsorise le club de foot de ma ville et sur les panneaux du stade je ne vante plus mes fenêtres les jours de match mais clame haut et fort que nous embauchons », « moi c’est Le Bon Coin pour les opérateurs et LinkedIn pour les cadres, sinon difficile de trouver rapidement des candidats », « les jeunes lycéens que nous venons de recevoir, ils pensaient que fabriquer une fenêtre c’était raboter du bois dans un atelier crasseux et s’étonnaient des robots implantés dans notre usine ultra-moderne », « j’en suis arrivé à demander à mes commerciaux de ralentir les ventes car la production ne suivait plus faute d’employés », « on a dû rallonger les délais de livraisons ne trouvant pas de chauffeurs supplémentaires », « moi, mon truc c’est d’embaucher des intérimaires en espérant les “séduire” durant leurs missions pour qu’ils restent dans l’entreprise », « il y a soit disant 17 000 sans-emploi dans ma ville, ils n’ont pas dû trouver mon adresse car je cherche juste 25 employés et personne n’a frappé à ma porte, pourtant mes annonces sont chaque jour dans le journal depuis trois mois ! ».

Combien de générations d’enfants
ont entendu que le pire était
de “terminer” maçon, menuisier ou électricien ?

On pourrait en rajouter tant le liste est longue de ces anecdotes dont le surréalisme le dispute au scandaleux et qui dénotent, s’il fallait encore le prouver, que quelque chose ne fonctionne désespérément pas dans notre pays en matière d’emplois.
Alors oui, on connaît l’éternel déficit d’image que l’on colle aux métiers du bâtiment ! Je suis d’une génération où lorsqu’on avait une mauvaise note en dictée ou en calcul l’instituteur nous disait : « si vous continuez comme ça, vous irez en classe de perfectionnement et ensuite direct au lycée du bâtiment de Felletin » ! Felletin, le “Cayenne des cancres” à croire ces esprits obscurs et foncièrement méprisants vis-à-vis de ceux qui construisent la France ! Combien de millions d’enfants en 50 ans de vie scolaire ont entendu que le pire était de “terminer” maçon, menuisier ou électricien ? Et l’on voudrait qu’aujourd’hui ils se précipitent spontanément vers les usines de fenêtres !
Mais il faut cependant reconnaître que les professions, à commencer par leurs fédérations professionnelles, redoublent d’efforts pour valoriser leurs métiers auprès des jeunes et la mission n’est pas facile. Cela suffit-il ? Il y a un autre argument qui pourrait peut-être changer la donne, c’est celui des salaires. Si les réformes promises par l’actuel gouvernement permettaient aux entreprises de mieux rémunérer leurs salariés, cette idée de bien gagner sa vie ajoutée aux possibilités d’évolutions de carrière, rendraient à coup sûr bien plus attractifs les employeurs du bâtiment (et les autres aussi).
En attendant, Le Bon Coin et LinkedIn, eux, embauchent sans difficultés alors qu’il n’est pas du tout certain que les salaires proposés soient plus élevés que dans le bâtiment. Encore et toujours une histoire d’image... hélas !


Editorial de Frédéric Taddeï dans VERRE & PROTECTIONS MAG n°104 / Mars - Avril 2018