Je sais bien que plus on parle de ce qui fâche, plus on met en lumière les difficultés d’un secteur, plus on communique sur les blocages... plus les choses paraissent amplifiées, démesurément négatives.
Mais là, je dois avouer que ce premier trimestre 2018 a été un peu, comment dire ? “épicé” pour la menuiserie française ! Mais qu’a-t-elle fait pour subir tant de coups de massues alors que le secteur s’est rarement aussi bien porté, n’a jamais autant investi (lisez nos colonnes !), se trouve à un niveau d’embauches rarement atteint, et je ne parle même pas de la confiance des entrepreneurs vis-à-vis de la politique d’Emmanuel Macron. À titre d’exemple, j’ai questionné les dix plus importants fournisseurs de machines pour la menuiserie française : leur chiffre d’affaires cumulé en 2017 a dépassé les 200 millions d’euros. Pas mal pour uniquement des machines !

« Ce serait dommage qu’un secteur aussi
dynamique que la menuiserie française soit désormais
plus attaqué de l’intérieur que de l’extérieur »

Déjà les propos, incroyablement “désobligeants” (j’aurais pu dire inconscients ou fallacieux) au sujet de la fenêtre dans le cadre de la révision du CITE avaient fait froncer les sourcils de bon nombre d’entre nous. Les remous autour de la TVA à taux réduit avaient, au mieux, provoqué des soupirs d’agacement et au pire de réelles inquiétudes.

Mais le pompon, ça a tout de même été l’invraisemblable initiative de huit députés LR qui, sans qu’on les ait vus venir, ont eu l’audace de proposer une interdiction pure et simple du PVC dans les menuiseries en France ! Une fois tombés de l’armoire, examinons ce qu’ont argumenté ces élus pour défendre leurs deux amendements à la loi Elan : un fatras d’idées reçues sur le matériau, avec des poncifs éculés que n’oseraient même plus avancer les plus écologiques défenseurs du bois ! “Pas de filière de recyclage” (Veka Recyclage, entre autres, appréciera !), “dangereux quand il brûle” (même les apprentis-pompiers savent que les fenêtres en PVC ne dégagent pas de phtalates en brûlant car... ils n’en contiennent pas, ni de cadmium, ni de plomb d’ailleurs). Et quant à l’“argument esthétique”, s’il existe effectivement de vilaines fenêtres PVC, comme il existe de vilaines fenêtres bois ou aluminium, préférons, pour ces trois matériaux ainsi qu’à leurs compositions mixtes, les superbes designs aujourd’hui disponibles, fruit du travail des gammistes en matière de finitions, d’équipements et de finesses des profils. Il n’en demeure pas moins que cet épisode, même s’il est resté sans conséquence, puisque les amendements ont été fort logiquement rejetés, doit emmener l’interprofession à encore plus et sans cesse communiquer sur ses matériaux. Et je parle de matériaux volontairement au pluriel car lorsqu’on veut affaiblir la menuiserie PVC c’est toute la menuiserie française que l’on affaiblit, et ce, tous matériaux confondus.

Au-delà de ces coups successivement et injustement portés contre la profession, on ne peut s’empêcher de se poser plusieurs questions : mais qui en veut donc à ce point à la filière de la menuiserie française ? Qu’a-t-on fait pour qu’un secteur aussi important pour l’économie du pays soit si souvent attaqué ? Pourquoi la fenêtre française ne bénéficie-t-elle pas de la même mansuétude que tant d’autres produits ou services sur lesquels il y aurait pourtant urgence à légiférer ou à réduire les aides souvent inutiles dont ils bénéficient ?
Je n’ai pas les réponses. Il faudrait peut-être aller les rechercher dans les innombrables officines, directions, cabinets, et autres acteurs aux intérêts parfois divergents mais bien souvent avant tout “autocentrés” sur les leurs ! “L’acte apparent prouve l’intetion secrète” disaient les magistrats romains.

Illustrant cette absence de politique claire en la matière : l’absence d’informations précises sur la transformation du CITE qui deviendrait, en 2019, une prime versée à l’achèvement des travaux (montant forfaitaire par type d’équipement), comme annoncé dans le plan climat. Quid de la fenêtre dans le périmètre de cette prime ? Quid du montant si elle y est incluse ? Pour l’instant le flou demeure et les récentes déclarations des uns et des autres sur les économies à réaliser sur les finances publiques ne plaident pas en faveur d’un système aussi bénéfique pour les entreprises que l’était le CITE. Pourtant deux études ont été commandées à Bercy et au tandem CSTB/Ademe dont on ignore les résultats ! Des résultats qui devront faire poids lors des arbitrages budgétaires !

« Le CITE est mort, vive le CITE, nous ferons sans, et nous le ferons bien » nous indiquait, fataliste, un menuisier français quand la fenêtre avait été sortie du crédit d’impôt.

Alors tant pis, on fera sans le CITE, peut-être avec une prime, petite ? moyenne ? importante ? On n’en sait rien à l’heure où sont écrites ces lignes. La seule chose que les menuisiers français ont certainement envie de dire aux politiques, législateurs et autres décideurs de la chose publique c’est « laissez-nous travailler, ne nous mettez pas de bâtons dans les roues, ne nous vilipendez pas... en fait, aidez-nous, plutôt ! ».
Ce serait en effet dommage qu’un secteur aussi dynamique que la menuiserie française soit désormais plus attaqué de l’intérieur que de l’extérieur !

*En latin : Acta exteriora indicant interiora secreta


Editorial de Frédéric Taddeï dans VERRE & PROTECTIONS MAG n°105 / Juin - Juillet 2018