Alors cette fois, ça y est, le CITE est revenu ! Que de temps perdu, d’énergies employées à convaincre. À convaincre qui, d’ailleurs ? Je ne sais pas si vous avez remarqué mais depuis que la fenêtre a été réintégrée dans le CITE, on a l’impression que tous les ministères étaient finalement pour, ou du moins pas vraiment contre !

Je voudrais toutefois poser une simple question-suggestion : quand, il y a plus d’un an, le nouveau gouvernement s’est rendu compte du poids que faisait peser le CITE sur le budget de l’État, n’aurait-il pas été plus simple de demander aux professionnels du bâtiment de proposer une solution alternative plus légère et moins coûteuse pour les comptes publics ? Prendre simplement les gens du bâtiment pour des personnes adultes et responsables.
Cela a-t-il été fait ? Et bien non, trop simple, trop rapide, trop direct ! Il valait mieux envoyer un ministre, “icône des téléspectateurs” et à la “parole en or”, expliquer avec sérieux et aplomb que la fenêtre n’était « pas efficiente », que des études très sérieuses corroboraient cette absence de performances thermiques et que les poêles à bois allaient, eux, sauver la planète ! J’exagère ? Oui, mais à peine, hélas...
Sans être paranoïaque, durant ces longs mois de rebondissements où bonnes nouvelles et douches froides ont rythmé les négociations pour sauver le “soldat paroi vitrée”, on s’est souvent demandé qui pouvait bien en vouloir à ce point aux menuisiers français pour bloquer sur tant d’évidences ? Et je ne parle pas de quelques députés qui, ne considérant pas que d’autres sujets fussent plus urgents à porter à l’Assemblée nationale, se sont empressés d’essayer d’interdire les menuiseries PVC. On leur avait parlé “cotons-tiges”, avaient-ils compris “profilés” !
Bref, et plus sérieusement, je voulais surtout rendre hommage aux syndicats professionnels, notamment à l’UFME et au SNFA, (et l’ensemble du pôle Fenêtre), à la FFB, à Qualibat et à certains politiques qui n’ont jamais baissé les bras tout au long de ces lourdes et pénibles discussions.

Qui pouvait bien
en vouloir à ce point
aux menuisiers français pour
bloquer sur tant d’évidences ?

Et ceux qui pensent qu’ils ont simplement fait preuve de lobbying, pour défendre un CITE leur permettant de faire des affaires se trompent lourdement. La fenêtre française n’a pas gagné 100 euros par châssis, elle a tout simplement et plus largement retrouvé ce qu’elle n’aurait jamais dû perdre : sa place au cœur des solutions visant à améliorer les performances thermiques de l’habitat.
Cela fait des décennies que l’on indique au consommateur que changer, entre autres, ses fenêtres concourrait à faire baisser sa note de chauffage. Et d’un coup, d’un seul, simplement parce que Bercy est tombé de sa chaise en consultant l’addition, les portes et fenêtres ne serviraient plus à rien ? Que le CITE ne profiterait qu’aux entreprises ? Que les impôts des Français n’étaient pas destinés à financer les fenêtres de leurs voisins ?
Même le rapporteur du PLF 2019 en Commission des finances à l’Assemblée nationale y est allé de son petit refrain : il aurait rencontré des “gens qui confirmaient que la fenêtre n’était pas isolante” et s’est aussi permis, avec humour, de dire “je ferme la porte à la fenêtre”. On en sourirait, si des milliers d’emplois n’avaient pas été menacés par tant de légèreté et d’approximation.
Heureusement, in fine, si les choses ont (miraculeusement ?) bien tourné, il en reste tout de même un sentiment de gâchis, en temps et en énergies, et surtout une certaine appréhension à l’idée qu’il faille bientôt repartir au combat pour les prochains dossiers concernant nos professions, comme la future prime versée à l'achèvement des travaux pour le CITE 2020.
Mais ne boudons plus notre plaisir et, en ce début d’année, formulons plutôt des souhaits de prospérité, de santé, de bonheur et d’amour.
Ce sont ces vœux que je tiens particulièrement à vous adresser aujourd’hui au nom de toute l’équipe de Verre & Protections Mag.


Editorial de Frédéric Taddeï dans VERRE & PROTECTIONS MAG n°107-108 / Décembre 2018