Dans cet éditorial j’avais décidé de mettre en avant le nombre incroyable d’acteurs de nos secteurs qui fêtent, en cette année 2019, leurs anniversaires respectifs. Fêter ses 20 ans, ses 50 ans, ses 80 ans, quelle plus belle preuve de solidité, de pérennité ?
Et puis, juste au moment de rédiger mon texte, une vidéo s’affiche sur mon smartphone : des flammes qui s’échappent du toit de Notre-Dame. Même si plusieurs jours se sont passés depuis, je suis toujours sidéré en écrivant cette phrase : “des flammes qui s’échappent du toit de Notre-Dame !”
A 856 ans, Notre-Dame de Paris, construite entre 1163 et 1345, a près de sept fois l’âge de la Tour Eiffel ! Elle a donc balisé de manière imposante presque toute l’histoire de notre pays. C’est certainement pour cette raison que sa quasi-destruction par le feu a causé un tel émoi, dans l’Île de la Cité, dans Paris, en France et dans le reste du monde.
Laissons de côté les éternels donneurs de leçons en générosité, les millions d’ingénieurs, architectes, charpentiers, vitraillistes qui, depuis le sinistre, expliquent à la terre entière ce qu’il faut faire de Notre-Dame... Moi, ce qui me vient plutôt aujourd’hui à l’esprit, c’est la jeunesse. En effet, face à ce sinistre, je pense à deux jeunes de 20 ans.
L’un est né en 1143 et l’autre en 1999. Le premier, sous l’œil de son maître compagnon, taille une poutre qui servira à soutenir la toiture de la cathédrale parisienne. Le second assemble les parties d’une fenêtre destinée à une famille nantaise, sous la responsabilité de son chef d’atelier.
Qu’est-ce qui les rassemble et les unit l’un à l’autre, à presque neuf siècles d’écart ? Tout simplement le geste et la démarche. Le geste séculaire d’assembler et la démarche de transformer un matériau en élément du construit.
Il n’y a strictement aucune différence entre le compagnon qui conçoit un cintre de Notre-Dame et l’opérateur qui usine un dormant pour votre maison. Le vitrailliste du XIIe siècle qui assemble son vitrail est bien dans la même démarche que le miroitier du XXIe siècle qui assemble son vitrage.
Dans cette unité d'activité, malgré les siècles qui les séparent, nos deux professionnels du bâti nous délivrent, in fine, un seul et unique message : construire n’est pas seulement une noble tâche, c’est aussi ériger des balises qui accompagnent les hommes.

Un vitrail est une balise
qui accompagne
sa cathédrale durant
des siècles, une fenêtre
est une balise qui accompagne l’habitant
et sa maison durant toute une vie

L’une n’est pas plus noble que l’autre et les métiers du bâtiment qui vont être mis dans la lumière à l’occasion de la reconstruction de Notre-Dame constituent, à mes yeux, la plus importante opportunité jamais mise à la disposition des entreprises du bâtiment, pour redorer l’image de l’acte de construire auprès des jeunes générations et donc... de leurs futurs employés.
Notre-Dame et Notre “chez-nous”, la nef de la cathédrale et la fenêtre de la maison sont choses communes. Et les Français ne doivent pas s’y tromper : tous les matériaux, quels qu’ils soient, qui nous aident à construire, sont les composantes des balises de notre histoire et... de nos vies.


Editorial de Frédéric Taddeï dans VERRE & PROTECTIONS MAG n°110 / Avril-Mai 2019